« Ah, si j’étais… »

Imaginez ce que vous feriez, et quelle serait votre vie, si vous étiez un(e) autre (un autre métier, un autre sexe, un autre partenaire, un animal plutôt qu’un humain, un extraterrestre, riche, pauvre…) N’hésitez pas à endosser toutes sortes de costumes. Aucune contrainte de style ou de longueur.

Je ferme les yeux et me voilà transportée dans un monde de mots sans maux. Une tasse de café posée en permanence sur un bureau désordonné, agrémenté de mille tonnes de feuilles noircies d’idées laissées à l’abandon mais sur lesquelles je fais la promesse de revenir, j’écris moultes vies, des destins plus ou moins heureux, des voyages fantastiques, perdue dans un chalet, les yeux rivés sur un clavier usé par la violence de mon imagination. Un silence bienfaisant envahit mon antre de méditation. Dehors, il fait froid mais la chaleur du foyer, la douceur d’un soir, bousculent mes idées. De petites lunettes qui n’ont de cesse de glisser le long d’un nez osseux, me forcent à relever la tête. J’avale une gorgée de noir et un court instant, je m’arrête, j’admire l’étendue de neige qui recouvre un bonheur intérieur puis je replonge éperdument dans mon roman. Ainsi, les heures défilent, mon corps sent cette fatigue pesante mais mon esprit reste en éveil et je regarde sans cesse ce soleil gelé.

Me voilà donc écrivain : je pense, j’écris, je corrige, j’efface, je fais sans cesse les mêmes gestes conditionnés par mes folles pensées. Rien n’est plus beau, plus intense que de façonner un personnage si proche de la réalité. Tout comme Pygmalion, je construis un destin, je lui donne vie. Je lui fabrique un corps, des yeux, une bouche, je l’imagine à ma manière en lui forgeant un caractère et tout cela grâce à des mots. Soudain, l’écran se déchire et je suis projetée dans un décor inventé de toutes parts et que mes yeux ne cessent de faire évoluer au gré de mes fantaisies. Un cliché se fige sur une vie, sur l’histoire d’une femme au destin tragique, frappée par la maladie mais que les forces divines viendront sauver. Et puis, au loin, dans la brume, une improbable rencontre, des regards qui se croisent, un homme qui va tenter l’impossible pour la faire renaître. Que vais-je décider ? Au fil des mots et du temps, les amoureux transis se donneront-ils rendez-vous dans un jardin secret ? La jalousie, un malentendu les sépareront-ils à jamais ? Ainsi, je peins des destinées, je vis et subis toutes ces belles inventions ; j’ai un droit de vie ou de mort sur ces existences virtuelles. Je peux décider de laisser triompher le meilleur et enivrer le lecteur d’une fin heureuse pour lui décrocher le cœur. Par dessus tout, je tente le pari fragile de tatouer les mémoires, de susciter l’impatience, l’attente d’une nouvelle aventure et la douce amertume du bibliomane lorsque le livre touche à sa fin.

Ecrivain, mais pourquoi ? Tout simplement pour le pouvoir infini, tel un Green Lantern avec sa puissante bague, l’écrivain n’est rien sans son stylo. Il est capable de détruire les sensations éprouvées par chacun de nous à la lecture de son roman. Il peut faire pleurer, frissonner et même faire ressentir de la compassion envers un personnage médiocre. Grâce à la puissance des mots, il peut convaincre, persuader. Grâce à son histoire, il fait voyager, il rend heureux, il cultive et peut même inquiéter. Grâce à ce pouvoir, il nous inonde de gloire et nous rend immortel pour une soirée d’aventures et d’espoir.

Enfermée dans ce confort quotidien, accompagnée de ce stress bienveillant et de ce travail incessant, je rêve de solitude, envahie par un silence mortel pour pouvoir m’adonner à ce que mon stylo et ma conscience me dictent. Alors, poussée par un besoin intense…j’écris. J’écris ma vie, ma voie, mes pensées et mes pires cauchemars. L’écriture fait de jour en jour partie de mes besoins essentiels. Pour survivre, l’Homme a besoin d’eau et de nourriture. Moi, je voudrais me rassasier de mots et m’abreuver de paroles récoltées çà et là.

Nous pouvons inventer bon nombre de paladins, tous autant différents les uns que les autres avec un pouvoir plus ou moins imposant. Certains écrivent des histoires pour enfants, d’autres, des histoires tragiques ou encore des aventures fantastiques. C’est ce subtil mélange qui fait la beauté de la fiction. Avant tout cela, le monde fut dominé par d’autres légendaires héros, ces grands maîtres de la littérature qui nous enseignent toujours l’art de la langue française. Depuis Baudelaire, Rousseau, Hugo et bien d’autres, toutes sortes de périples se révèlent au monde avec de nouveaux styles, de nouvelles empreintes intellectuelles.

J’imagine ainsi vivre aux côtés de cet art difficile mais tellement plaisant. Au plus profond de moi, je caresse l’espoir d’accomplir ce vœux qui m’est cher. L’avenir me transformera-t-il alors en super héro aux pouvoirs infaillibles et à la plume indestructible ?

Morgane et Sylvie

 

Ah, si j'étais...Impératrice du monde, les choses seraient bien différentes. Qui ne s'est pas déjà dit ça, au moins une fois ? Si l'on est honnête, il faut admettre que nos fantasmes sur ce sujet ne sont pas du tout réalistes. Mais bon, il ne s'agit pas là de réalité, alors qu'importe ?

Donc je disais, si j'étais Impératrice du monde, (entre nous, il en jette un max ce titre non ?) je prendrais un plaisir fou à terroriser les politiciens (qui n'en rêvent pas ?), et je commencerais par baisser leurs salaires, et leur interdirais d'avoir plusieurs postes. Je bannirais du monde politique tous ceux qui ont déjà eu des ennuis avec la justice (hors-de-question de donner du pouvoir à des escrocs, ou pire), j'obligerais tous les membres de l'Assemblée nationale à assister à chaque séance, sous peine de leur confisquer leur voiture, et de les obliger à prendre le métro (avec le commun des mortels), et ceux qui roupillent aux séances, auront droit à un méchant coup de règle sur le bout des doigts (ils ne sont, à prés tout, pas payé pour pioncer). Et bien sûr, ces mesures seraient valables dans tous les pays (y'a pas de raison).

Vous me trouvez sadique ? Mais non, juste un peu sévère. Et à part ça ? me direz-vous. A part ça, j'obligerais les patrons du CAC 40 et les gros industriels à financer l'énergie verte sur toute la planète (ce sont eux qui l'ont foutu en l'air pour se faire toujours plus de pognon, alors ce n'est que justice non ?). Je nommerais une entreprise indépendante pour donner ou non son feu vert aux nouveaux médicaments sur le marché (comme ça, ils arrêteront de nous empoisonner avec ce qui est censé nous soigner, et sans jamais assumer leurs erreurs et autres magouilles).

En ce qui concerne mon mode de vie, je vous rassure, hors de question pour moi de vivre dans un immense palais style Versailles, faire des entrées à la Cléopâtre (théâtrale quoi), et de porter des robes de princesses (si ça ne tenait qu'à moi, je passerais mes journées en pyjamas). Une maison de pierres dans la campagne (je ne veux pas de la ville), et des fringues normales (bon, je veux bien faire l'effort de mettre un tailleur pour les réunions, mais pas de talons !). Les bijoux, les fanfreluches et le maquillage, je m'en fous complètement, et j'aurais mieux à faire. Mon seul petit caprice (bon d'accord, ce ne serait probablement pas le seul) serait d'avoir un chauffeur (parce que je déteste conduire et que ça m'angoisse), mais promis, pas de voiture bling-bling pollueuse. Une petite voiture électrique me suffirait.

Parlons maintenant des postes importants, censés faire tourner correctement les pays du monde (la vile administration entre autres). Pas question de refiler ces postes d'une importance capitale (surtout pour la santé mentale des gens face à l'impitoyable burocratie) à des gens feignants ou incompétents, sous prétexte qu'ils sont de la famille de, des amis de, etc. Point de piston dans mes rangs, on voit où ça nous mène sinon. Fini de glandouiller les trois quarts du temps à la machine à café (secteur public) ou de tyranniser et exploiter le personnel (secteur privé).

Venons-en maintenant à la politique étrangère. En tant qu'Impératrice du monde, les dirigeants seraient pour moi de simples sous-fifres. N'empêche qu'à mon arrivée au pouvoir, je ferais un peu le ménage. Messieurs les dictateurs qui vous accrochez au pouvoir comme une moule à un rocher, vous êtes priés d'aller vous faire cuire un œuf ! Et si vous n'êtes pas contents (je ne vois pas comment vous pourriez l'être), je me chargerais personnellement de

vous faire passer vos caprices, à coups de gifles s'il le faut (giflé par une vile femelle, le comble de la honte pour ces hommes qui ont tous l'air ultra macho/misogyne). Je ne les exécuterais pas, (même si ça me démangerait) mais les ferais comparaître devant le tribunal international (car oui, je crois en la démocratie, même si personne ne m'a élue à ce poste).

Tout ça pour dire que, si j'étais Impératrice du monde, j'aurais pas mal de boulots sur les bras. Vu l'état du monde actuel, l'améliorer demanderait un travail colossal, et j'aurais tout intérêt à bien m'entourer pour cette tâche titanesque. Trouver des gens de confiance, et également compétents, ne serait pas chose aisée, mais avec une volonté de fer et les pieds sur terre, j'aime à penser que je pourrais atteindre certains de mes ambitieux objectifs : équilibre des richesses et du niveau de vie, réduire colossalement la pollution, instaurer partout la démocratie (pour élire mes sous-fifres), respect des droits de l'homme dans tous les pays. Titanesque n'est-ce pas ?

Anne