Vous lui ressemblez comme deux gouttes d’eau ! Vous êtes le sosie d’Éric Antoine, de Marilyn Manson, d’Anne Roumanoff, François Hollande, Joey Starr, Béatrice Dalle, Julie Depardieu ou encore celui de Sarkozy... Chance ou tragédie ? Avantage ou fardeau ? Comment exploitez-vous cette ressemblance et comment – si tant est qu’on en ait envie – rester soi quand on est un(e) autre aux yeux des autres ?

Il n’y a rien de pire que d’être privé de la chance de faire une première impression. Vous autres, quand vous rencontrez quelqu’un, vous apparaissez neuf, vous êtes un possible. Que vous ayez un physique attirant ou simplement banal, il y a ces quelques premières minutes pendant lesquelles la personne en face de vous ne voit qu’un immense point d’interrogation sur votre figure et tout autour de votre personne, quelques minutes pendant lesquelles, vous avez la chance de faire la différence, de choisir votre amorce, de plaire même avec un peu de chance. Moi, ce n’est plus mon cas depuis l’adolescence ; il me ressemble, je lui ressemble, nous nous ressemblons. Je suis un personnage qu’on reconnaît avant de connaître ma personne ; c’est toujours lui qui émerge et moi qui reste en sourdine.

J’occupe le poste de charcutier dans le supermarché de Montfort sur Argens, un village médiéval de Provence où pas un habitant n’ignore mon existence. On parle de moi partout, ou plutôt de l’autre… si bien que je m’étonne de ne pas être recommandé comme attraction par l’office de tourisme local. Je fais rire en plus, à en pleurer ! Mes amis les plus proches se foutent de moi en face, mes connaissances le font à voix basse dans mon dos, les  inconnus murmurent à mon passage et ma famille a créé un véritable tabou autour de toute cette farce.  Pathétique d’être la copie conforme d’un génie quand on a toujours été un cancre avec un QI de 95. Dieu (s’il existe) a dupliqué l’enveloppe extérieure d’un génie en moi mais pas son cerveau. Pire injustice, il n’était pas particulièrement beau. Si encore je ressemblais à Camus ou  Rimbaud, je ne m’en sortirais pas si mal avec les femmes ! Bon relativisons, j’aurais aussi pu ressembler à Sartre … Beaucoup me demande si je connais la personne dont je suis la copie extérieure parfaite, une insulte de plus. A cela je réponds qu’on peut être : mauvais à l’école, cultivé et charcutier tout comme bon écolier avec une culture de bas étage et avocat mais qu’en tous les cas les préjugés, ça c’est une chose que l’on a tous en commun. De toute façon, en ce moment, je me fous de tout et de tout le monde.

Il y a quand même cette femme qui m’attire énormément au village, Emmanuelle, elle vient chaque jeudi me demander sa viande ; blanche uniquement car ses enfants n’apprécient pas la viande rouge et que son mari, le seul qui l’appréciait, est parti il y a déjà deux ans. Cette femme parle avec la confiance de celles qui savent qu’elles plaisent et qui peuvent donc exiger. Cette femme aux ridules marquées mais charmantes illuminent mes jeudis, pendant la découpe je prends mon temps pour aiguiser mes couteaux, pour choisir la viande, pour la peser et l’emballer. Je tiens à profiter de sa venue au maximum et qu’elle puisse voir la délicatesse de mes gestes, essayer de lui plaire. Je me dis qu’avec ma charlotte et ma tenue de charcutier, elle pourrait éventuellement finir par oublier ma ressemblance.

Pourtant, comme toutes les autres, elle est omni bullée par cela, par cette coïncidence presque divine selon ses propres termes. Je sais bien qu’une partie de ceux qui me regardent le voit lui (les autres manquent de culture), pensant à une réincarnation pour les plus croyants et que je les ébranle, pas dans le sens que j’aimerais. Moi je suis fasciné par les frissons qui la saisissent à chaque fois qu’elle s’approche avec son ticket qui indique son tour, par ses deux petits tétons qui pointent en ma direction pour me saluer et je remercie chaque jour le supermarché de pousser la climatisation à plein régime. Concentration.

Quand Emmanuelle m’a parlé hier,  c’était en m’attendant au tournant et pendant que je découpais son filet mignon, je savais que je devais faire une remarque intelligente, une remarque détonante, quelque chose de spectaculaire pour pallier mon costume de boucher. Et comme chaque jeudi, je n’ai pas pu lui donner ce qu’elle espérais car je ne suis pas extraordinaire, je suis simple. Bon dieu ! Mais personne ne devrait avoir à se dire ça à chaque moment de sa vie ! Elle me regardait pleine d’espoir, ma beauté attendait que je lui parle de mon auteur scandinave préféré, ce à quoi, j’ai balbutié pour finalement pondre un semblant de banalité avec le seul auteur Suédois que je connaissais. Je revois son regard qui se perd au loin, je vois ses talons tourner, puis son fessier et enfin sa chevelure qui s’éloigne vers l’attente de mon prochaine jeudi. Je pense que soit : l’auteur n’est pas Suédois soit pas auteur du tout.

Déception. L’enfoiré qui avait ma peau gît sous terre avec ma liberté.

Je n’ai pas réussi mon bac madame car je ne suis pas doué pour les études mais je te montrerais bien à quel point je suis manuel. C’est mon pied de nez à la nature et à ma mère qui attendaient de moi que sois bien entendu brillant en mathématiques. Parfois, je déteste cet autre qui a existé avant moi, cet homme qui continue à marquer les esprits pendant que moi je les divertis.

Je fais partie d’une association de personnes qui ressemblent à d’autres et pour qui cela ruine la vie et je peux vous dire qu’il faut vraiment être abruti pour en jouir. Nous portons chaque jour notre corps comme une combinaison sur notre âme, sur notre personnalité. On se sent tous pantin de notre existence et avons tous soif d’inconnu. Beaucoup souffrent de ce manque d’individualité et d’anonymat et en finissent avec la vie. Cela n’est pas mon cas, simplement aujourd’hui est un de mes jours noirs et quand je vois noir, j’écris plutôt que d’exploser la prochaine personne qui va venir me voir pour encore me parler de lui, encore et encore, de ce grand homme, de ma ressemblance frappante et du fait que ce soit d’autant plus surprenant que j’occupe un poste non qualifié. Ce qui serait véritablement drôle, ce serait un charcutier trucidant un client à Montfort sur Argent pour en faire de la chair à saucisses et le vendre à une femme qui l’avait pris de haut. Hilarant.

Ce manque de pudeur des gens quand on ressemble à quelqu’un de connu ! Choquant.  C’est similaire à ceux qui tapotent la tête de vos enfants, ou les parfaits inconnus qui viennent toucher le ventre de votre femme enceinte alors qu’ils ne la connaissent pas. La pudeur est d’importance, même de nos jours !

A ceux qui pense que ma situation ouvre des portes, oui et non. On vous ouvre la porte, vous analyse en surface et on la referme sans que vous ayez eu le temps d’essayer de faire ou de dire quoique ce soit. Surtout quand vous ressemblez à feu monsieur génie et que vous dîtes que vous êtes charcutier à mi-temps et que non vous n’avez pas réussi vos études. Il n’y a rien de pire que d’être privé de la chance de faire une première impression.

Angélique G.

Anne Roumanoff

 

     Si vous pensiez qu'être le sosie d'une célébrité telle que Anne Roumanoff, était une véritable aubaine, voire une bénédiction, vous vous mettiez le doigt dans l'œil jusqu'au trognon. Car pour moi, cela n'a rien d'une sinécure, surtout depuis que j'ai fait la bêtise de raccourcir mes cheveux.

     D'autres à ma place, à n'en pas douter, en auraient largement profité en voyant là un moyen facile de se faire de l'argent, mais ce n'est malheureusement pas ma mentalité. Et de toute façon, à bien y réfléchir, être le sosie de Anne Roumanoff  ou consort n'est sans doute pas aussi lucratif que pour un sosie de chanteur. Eux, surtout s'ils savent chanter, peuvent se faire engager dans des évènements et donner des petits concerts, mais je n'ai jamais entendu parler d'un tel phénomène pour un sosie de Gad Elmaleh ou Florence Foresti.

     Néanmoins, même si l'on m'a souvent fait remarquer que je lui ressemblais beaucoup, ça ne sautait pas tout de suite aux yeux, surtout parce que j'avais toujours eu les cheveux très longs, et que je portais des lunettes.

     Seulement voilà, un jour j'ai décidé de changer radicalement de coupe de cheveux, et j'ai laissé mon coiffeur suivre son instinct. Erreur fatale. A présent, j'ai la sensation que tous les regards sont braqués sur moi, et je ne peux plus mettre un pied dans un magasin sans être prise pour elle.

     Moi qui avait l'habitude d'être transparente et qui n'aspirais à rien d'autre qu'à la tranquillité, et bien désormais c'est foutu. Si au début de ce cauchemar, je me sentais très gênée et tentais d'expliquer la méprise en bafouillant, au bout d'un certain temps, mon attitude a changé.

     Je devrais d'ailleurs peut-être songer à consulter un psy, parce que le ras-le-bol que je ressentais semblait avoir fait émerger deux nouvelles personnalités. La diva, et la furie. La première prétendait être la véritable Anne Roumanoff. Sauf qu'au lieu d'être gentille et avenante, elle se comportait avec les fans de manière odieuse. Telle une diva lassée de ne pouvoir faire un pas dans la rue sans être reconnue, elle ne se gênait pas pour envoyer bouler les gens, de manière hautaine, cela va de soi.

     La seconde personnalité, elle, n'était ni hautaine, ni distinguée, mais plutôt teigneuse avec un langage très fleuri. J'ai un peu de honte de l'avouer maintenant, mais à ce moment-là, je faisais fuir des familles entières, et traumatisais des enfants.

     Bien sûr, il fallait se mettre à ma place. Les célébrités ont elles-mêmes parfois du mal à gérer ce genre de choses, alors moi qui n'y étais pas préparée, et qui n'avais rien demandé à personne... Quand on vous dit pour énième fois : Oh, mais vous êtes Anne Roumanoff ! Je vous adore, vous me faites trop rire ! Je peux avoir un autographe ? Je peux avoir une photo ?

Croyez-moi, à ce petit jeu, on perd vite patience.

     Au bout de deux mois, j'étais dans un tel état de nerf, que j'avais failli me mettre tous mes proches à dos. Je décidai donc de m'acheter une perruque. Blonde. Comme ça, pas de confusion possible. Et ça marche ! J'ai à nouveau la paix royale. Mais j'ai quand même hâte que mes cheveux aient repoussé. Avec le recul, je dois bien reconnaître que cela aurait pu être pire. J'aurais pu être le sosie d'un autre genre de personnalité, ce qui m'aurait valu d'autres types de commentaires de la part des gens. Et ça, je ne l'aurais vraiment pas supporté !

Anne C.

 

LES SOSIES

 

S’il fallait parler de sosie, comment ne pas raconter l’histoire peu banale d’une personne qui m’est plus que proche pour être mon époux…

Nous étions en 1998 et la coupe du monde battait son plein. Personnellement, je n’ai jamais vraiment été intéressée par ces évènements sportifs que je pense joués d’avance et falsifiés par des sources économiques illicites consenties par l’Etat. Mais cette coupe du monde avait lieu en France et ça changeait tout. Il existait un véritable engouement national et nos soirées étaient rythmées par l’épopée de notre belle équipe footballistique. Lorsque les joueurs réalisaient un match exceptionnel, ils gagnaient la sympathie de tout à chacun. Mais si leur performance avait été médiocre, le monde s’arrêtait de tourner… en France. Il me plaisait d’observer les réactions théâtrales de ces inconditionnels passionnés lorsque le ballon passait tout à côté de la lucarne ou encore lorsque l’arbitre, à tort, mettait à mal les joueurs français. Commençait presque simultanément et tel un retour de boomerang, un déferlement typiquement méridional d’insultes, de gestes incontrôlés, d’indignation contre un seul homme qui devenait une « chèvre », un « ensuqué » et autres qualifications quelque peu violentes qu’il m’est inconcevable de citer par écrit…

L’équipe de France montait donc dans les classements et remportait les victoires espérées par toute une nation. Nous arrivions progressivement vers la finale qui s’annonçait positive pour nos français.

Au début du mois de juillet, les matchs s’enchaînaient et, avec eux, les soirées animées autour d’un barbecue et d’un grand écran installé dans un jardin ou déplacé du salon vers une terrasse baignée d’amitié et bercée par le bruit des grillons. Nous étions réunis autour d’un verre de rosé et dans un brouhaha fédérateur de bonheur mais lorsque la marseillaise retentissait, le silence se faisait cédant la place au coup de sifflet annonçant le début des « hostilités ». D’un coup d’un seul, tous les regards se figeaient sur l’écran et 90 minutes de stress, de joie, de déception démarraient alors. Je crois me souvenir que ce fut ce soir-là que mon époux allait devenir chauve…

Il fit un imbécile pari : celui de se raser le crâne si l’équipe de France remportait la coupe du monde. Bien persuadé que ce ne serait pas le cas car doutant des capacités physiques des joueurs, il se rassurait de n’avoir jamais à le faire pensant bien que les footballeurs français n’atteindraient pas la victoire.

Jour après jour, match après match, la chance ne quittait plus l’équipe de France et mon cher mari commençait à regretter ce ridicule pari. Ainsi, nous étions parvenus au fameux soir de la demi-finale et mon époux n’en finissait plus de se faire rappeler à l’ordre par diverses amitiés bien intentionnées qui attendaient avec impatience le supplice du « rasoir ».

Au soir du 12 juillet 1998, nous avions donc rendez-vous avec la finale de la coupe du monde pour un match France-Brésil qui mettait en émoi le monde entier. Nous nous étions donné rendez vous au centre du village où nous avions tous enfilé l’emblème de l’équipe de France. Les uns portaient des perruques aux couleurs du pays, les autres des maillots de l’équipe de football achetés tout spécialement pour l’occasion. Dès notre arrivée, nous nous fûmes vus happés par des esthéticiens en herbe qui apposèrent sur nos joues trois grossières marques rappelant le drapeau français en nous mettant dans les mains une choppe de bière dégoulinante de mousse au léger avant-goût de victoire. La suite, je pourrais la raconter comme des millions de Français l’ont vécue. Il existait ce soir-là un formidable élan de solidarité. Comme un seul homme, nous investissions les rues, à pied, en voiture, en chantant, en pleurant et c’était formidable. L’équipe de France avait réussi un coup d’éclat extraordinaire et nous étions poussés par une force fédératrice que je n’oublierai jamais.

De mon côté, je savais que cette victoire allait contraindre mon mari au respect de son pari.  Ainsi, au lendemain de cette exceptionnelle soirée et après un réveil difficile, ce dernier investissait la salle de bain pour aller au bout d’une parole qu’il se devait de tenir. Je me rendis complice, je l’aidai donc à se raser entièrement le crâne… Quelle ne fut pas notre stupéfaction lorsqu’en retirant la serviette de cette tête dégarnie, nous fûmes frappés par la ressemblance presque clonée qu’il semblait y avoir avec le goal de notre équipe de football. J’avais l’impression que mon époux avait laissé place à Fabien Barthez, ce personnage qui allait devenir mythique grâce à son accolade fraternelle avec Laurent Blanc à chaque début de match et qui finissait toujours par une embrassade chaleureuse sur sa tête. Finalement, je trouvai ce crâne nu assez joliment porté. Notre entourage ne voulait croire que mon époux eût pu tenir son pari et nous nous amusions de voir leur mine défaite devant ce nouvel homme chauve qui, ma foi, acceptait avec plaisir de s’entendre dire qu’il « ressemblait à Barthez ». Il se prit au jeu et je me souviens encore des regards hésitants et interrogateurs de certains passants lorsque nous nous promenions en quelconque endroit. Certains n’hésitaient pas à nous aborder pensant réellement qu’ils venaient de rencontrer Fabien Barthez. Avec le temps, et l’engouement autour de la coupe du monde s’estompant, les gens ne prêtaient plus attention à cette ressemblance frappante.

Ce n’est qu’en 1999 que nous vécûmes une soirée exceptionnelle et surprenante. La fin de l’année approchait. J’avais accouché, à l’orée du mois de juin, de notre première fille et nous avions décidé de fêter le passage à l’an 2000 en participant à une soirée dansante. A notre arrivée dans cette immense salle bruyante, les regards et les sourires vers mon chauve d’époux jaillissaient de toutes parts. Soudain, il fut abordé par une vieille connaissance qui l’attrapa et l’embrassa sur la tête à la « Barthez ».   Depuis cette année passée, nous avions oublié que l’on confondait souvent mon mari au goal Français. La soirée se passait agréablement bien et nous n’étions pas au bout de nos surprises. Uns à uns, les convives venaient converser avec notre groupe en confirmant que mon cher mari était bien le sosie de notre Fabien Barthez et que cette similitude était surprenante. Une personne l’avait particulièrement remarqué : le disc jockey de la soirée. Ainsi, alors que mon époux se trouvait sur la piste de danse et au sortir d’un rock endiablé, le DJ lança la musique du mondial 1998. Immédiatement l’assemblée forma un cercle autour de ce dernier qui, surpris, ne comprenait pas ce qu’il se passait. Les gens l’acclamaient en reprenant à tue-tête le refrain du célèbre « I will survive » et se positionnaient en file indienne devant mon époux. Chacun se présentait à lui pour embrasser son crâne et finir de chantonner l’hymne du mondial. Cette soirée nous fut sympathique et gravée à jamais dans nos mémoires.

Aujourd’hui, presque 20 ans plus tard, mon époux arbore toujours un crâne qu’il s’astreint de  raser régulièrement. Il arrive quelquefois que des passants restent dubitatifs lorsqu’ils le croisent au détour d’une rue et je dois avouer qu’il lui plait de jouer encore avec cette ressemblance quand la situation s’y prête. En tous cas, ce pari fou qui l’a amené, en 1998, à un changement de look temporaire, s’est figé à jamais dans son quotidien. Et aujourd’hui encore, la plupart des gens du village auraient tendance à le décrire comme le grand chauve ressemblant à Barthez…

Sylvie S.