Même si sa perruque et son masque protègent son identité, son corps de rêve et sa tenue sexy lui valent toutes les attentions et Béatrice n’a qu’une envie : fuir ! Elle méprise ces hommes dont les regards pleins de désirs se posent sur elle. A-t-elle bien fait d’accepter ? Ce jeu ne va-t-il pas un peu trop loin ? Tandis qu’elle s’apprête à tout arrêter, un inconnu, lui aussi masqué, lui propose d’une voix chaude et troublante de l’accompagner pour une petite balade au clair de lune… Que va-t-il se passer ? Béatrice est-elle en danger ou, au contraire, cette rencontre va-t-elle bouleverser sa vie ? Et si vous osiez une romance érotique… Laissez libre cours à votre imagination. Aucune contrainte de style ou de longueur.

Béatrice     

Même si sa perruque et son masque protègent son identité, son corps de rêve et sa tenue sexy lui valent toutes les attentions et Béatrice n’a qu’une envie : fuir ! Elle méprise ces hommes dont les regards pleins de désirs se posent sur elle. A-t-elle bien fait d’accepter ? Ce jeu ne va-t-il pas un peu trop loin ? Tandis qu’elle s’apprête à tout arrêter, un inconnu, lui aussi masqué, lui propose d’une voix chaude et troublante de l’accompagner pour une petite balade au clair de lune…

     Dès son arrivée à cette soirée libertine, elle n'avait eu qu'une envie ; déguerpir. Si au départ la perspective de cette nuit avait été excitante, elle s'en voulait à présent de s'être laissé entraînée là-dedans par sa fichue ambition. Mais elle avait fait une promesse, et ne pouvait revenir en arrière.

     L'homme qui venait de l'aborder n'était pas le premier, mais il y avait quelque chose de différent chez lui. Pour commencer, il la regardait dans les yeux en lui parlant, et n'avait rien de vulgaire, au contraire. Avec son chapeau noir à large bord muni d'une plume, il se donnait des airs de gentilhomme un peu poète, qui n'était pas pour lui déplaire. Elle s'était donc surprise à accepter son invitation, et ils sortirent de la maison pour prendre l'air dans le jardin. Ils marchèrent en silence jusqu'au lac, et s'arrêtèrent dans un endroit isolé.

     Ils n'avaient pas été les seuls à préférer se retrouver à l'air libre. Plusieurs couples s'ébattaient derrière des haies, en témoignaient les cris et les râles de plaisir qu'ils avaient surpris en chemin. Bon sang mais que fichait-elle ici ? Béatrice devait faire un gros effort sur elle-même pour ne pas partir en courant et se rappeler la raison de sa présence ici.

- Vous n'avez décidément pas l'air très à l'aise ici, commenta l'homme avec un petit rire.

- Cela se voit tant que ça ? dit Béatrice en essayant de se détendre un peu.

- Ne vous en faites pas, je ne dirai rien, promit-il.

     Ses yeux avaient quelque chose de magnétique, et Béatrice s'efforçait de se concentrer sur un autre point de son visage pour ne pas perdre contenance.

- Je ne suis pas un habitué de soirée libertine, mais de temps en temps, j'aime mettre un peu de piment et de mystère dans ma vie.

- Il y a d'autres moyens pour y parvenir, fit remarquer Béatrice.

- J'utilise aussi d'autres moyens, assura-t-il.

- Lesquels ?

- On ne se connaît pas encore assez pour que je réponde à cette question, lâcha-t-il avec un sourire désarmant. Si vous me disiez plutôt la raison de votre présence ici.

- Elle est la même que tout le monde ici j'imagine, répondit-elle en adoptant un air détaché.

- Cela, j'en doute fortement. Pour commencer, tous ceux qui participent à ses soirées ne sont pas là pour les mêmes raisons. Ensuite, je ne suis pas le seul à m'être rendu compte que vous n'étiez à votre place ici. Vous êtes journaliste, n'est-ce pas ?

- Et si c'était le cas ?

- Personnellement, je m'en moque, mais ce ne sera pas le cas des autres, surtout des organisateurs.

- J'ai une bonne raison d'être ici vous savez ?

- Je n'en doute pas un instant. Rassurez-vous, je ne vous dénoncerai pas.

- Je vous en remercie. Qu'attendez-vous de moi en retour ? demanda-t-elle, méfiante.

     Cette question fit rire son étrange et charmant interlocuteur.

- Je n'exigerai rien de vous, je vous assure. Mais si votre but était de venir pour poser un tas de questions à tout le monde, c'était un très mauvais plan.

- Je n'avais pas vraiment de plan, avoua-t-elle.

- Ça, je veux bien le croire.

- Que me conseillez-vous alors ?

- Soit vous partez avant de vous attirer des ennuis.

- Ou alors ?

- Quand on est à Roma, on fait comme les romains.

- Je vois, fit-elle.

     Aucun des deux choix n'étaient très tentant. Elle devait se demander jusqu'où elle était prête à aller pour son article. Mais aussi pour la justice.

- Je pourrais rester et vous pourriez me renseigner vous-même, suggéra-t-elle.

- Je le pourrais, en effet. Mais dites-vous bien que nous sommes épiés en ce moment même. Vous ne collez pas trop à l'ambiance, ce qui amène les soupçons. Nous ne pouvons pas rester là, à bavarder toute la nuit, même si cela est fort agréable.

- Et que proposez-vous ?

- Que diriez-vous d'un tour en barque ? Personne ne pourrait surprendre notre conversation, et seule ma plume vous toucherait.

- Votre plume ? fit-elle avec un petit rire.

     L'homme tira d'un coup sec sur la plume qui ornait son chapeau, non sans la quitter des yeux.

- Vous êtes sérieux, comprit-elle.

- C'est à prendre, ou à laisser. Qu'en dites-vous ?

- Si vous ne participez pas souvent à ses soirées, comment pourriez-vous m'aider ? demanda-t-elle avec justesse.

- C'est un cercle assez fermé, vous savez. Je m'étonne d'ailleurs que vous ayez pu avoir une invitation. Les gens qui viennent à ces soirées sont toujours les mêmes. Et même si nous ignorons la véritable identité de ceux qui nous entourent, et s'ils changent régulièrement de perruque et de costume, je suis très observateur. Il est impossible de falsifier une démarche, la manière de bouger, de parler.

- Ainsi c'est cela que vous aimez ? Observer ?

- Pas de la manière dont vous pensez, rit-il. Je n'ai rien d'un voyeur. J'observe juste mes camarades réunis dans la pièce que nous venons de quitter.

- Je vois.

- Acceptez-vous alors ?

     Béatrice s'étonna elle-même quand elle se rendit compte que cette proposition la tentait vraiment. Malgré tout, une petite voix dans sa tête intervint pour lui rappeler que son interlocuteur pouvait très bien être l'homme qu'elle recherchait, et qui ne lui serait pas difficile, une fois sur le lac, de faire basculer la barque en prétendant un accident.

     Mais si elle partait maintenant, elle n'aurait aucun autre moyen de faire avancer son enquête. Que dirait-elle à Charlotte ? La jeune femme n'hésita pas longtemps.

- C'est entendu, finit-elle par répondre.

     Ils longèrent le lac pour arriver à un ponton où quelques barques étaient amarrées. L'homme y grimpa aisément et lui tendit la main pour l'aider à embarquer. Il se mit alors à ramer pendant plusieurs minutes. Lorsqu'il jugea qu'ils étaient suffisamment éloignés, il invita Béatrice à s'allongea au fond de la barque.

- Pendant que je m'emploierai à jouer avec ma plume, vous pourrez me poser toutes les questions que vous voudrez. Cela vous convient-il ?

- Oui, souffla-t-elle, tandis que son cœur martelait sa poitrine.

- N'ayez aucune crainte. Au fait, quel pseudonyme avez-vous choisi ?

- Aucun. Je trouvais ridicule tous ceux auxquels je pouvais penser, avoua-t-elle.

- En ce cas, je vous appellerai Mademoiselle Journaliste. Du moins, tant que nous sommes seuls. Je réfléchirai à quelque chose de plus approprié.

- Et vous ? Comment vous faites-vous appeler ?

- Je suis l'homme à la plume.

- C'est un nom plus romantique qu'érotique, vous ne trouvez pas ?

- Oui, mais cela incite à la curiosité.

     L'Homme à la Plume commença alors à jouer de son art sur le corps de la jeune femme. Béatrice fut surprise de constater ce que ce simple objet pouvait déclencher en elle. La plume l'effleurait à peine parfois, mais la jeune femme était parcourue de frissons.

- J'attends vos questions, souffla-t-il, le regard amusé.

     Béatrice tenta de se ressaisir et se concentra sur la raison de sa présence.

- Je cherche des renseignements sur une femme qui se fait appeler L'impertinente.

- Je vois de qui il s'agit, fit-il sans se troubler. Que voulez-vous savoir ? Je ne l'ai pas vue ce soir.

- Aurait-elle des partenaires réguliers ?

     Son compagnon prit le temps de la réflexion, sans cesser de faire voyager sa plume sur le cors frissonnant de la jeune femme.

- Il y a deux personnes avec qui elle semble passer plus de temps.

- Sont-ils ici ce soir ? parvint-elle à articuler.

     La plume se promenait à présent à l'intérieur de ses cuisses, là où la peau était fine. Elle ne put réprimer plus longtemps ses gémissements de plaisir. L'homme à la plume ne la quittait pas des yeux. Son sourire s'élargit en voyant qu'elle semblait enfin s'abandonner à ses caresses.

- Oui, ils sont ici.

- Avez-vous...remarqué si...leur comportement avait...changé...envers elle ? Ou bien...l'inverse ? s'enquit-elle avec difficulté. Avait-elle l'air...amoureuse de...l'un d'eux ?

     Son cerveau menaçait de ne plus fonctionner, et elle avait bien du mal à rester concentrée sur son objectif. Encore une fois, l'homme prit le temps de la réflexion.

- Vos questions m'intriguent de plus en plus. Seriez-vous une amante ou une femme jalouse ?

- Non, souffla-t-elle entre deux râles de plaisir.

- C'est encore plus intriguant alors.

- Répondez ! le pressa-t-elle, alors que sa plume s'égarait ailleurs.

- De mes observations, qui peuvent être fausses, je pense qu'ils sont tous deux amoureux d'elle, et qu'elle en aime un en retour. D'ordinaire, les sentiments ne sont pas tellement de mises ici, mais de belles rencontres peuvent avoir lieu n'importe où.

- L'un d'eux semble-t-il violent ?

     L'homme à la Plume cessa ses activités. Son sourire s'était envolé. Le regard qu'il darda sur elle était emprunt de gravité.

- Que se passe-t-il au juste ? Pourquoi ses questions ? Serait-il arrivé quelque chose à L'impertinente ?

- Et si c'était le cas ? demanda-t-elle en se redressant.

     Le silence s'installa. Béatrice frissonna dans la nuit, mais ce n'était pas de plaisir cette fois. Elle était seule avec un inconnu au milieu de l'eau. Cette homme pouvait très bien être le meurtrier de Catherine, dit L'impertinente. Le fait qu'il ne ressemblât en rien à l'image que l'on pouvait se faire d'un meurtrier ne prouvait rien. Ce n'était malheureusement pas inscrit sur son visage.

- J'imagine qu'elle est morte. Assassinée. C'est la raison de votre présence ici. Vous cherchez le coupable.

- Oui.

- Qu'est-ce qui vous fait croire que c'est l'un de ses partenaire ? Le meurtrier n'est peut-être pas à chercher ici.

- C'est possible, mais j'en doute.

- Pourquoi ?

- Je préfère garder cela pour moi.

- Je comprends, soupira-t-il. Je pourrais très bien être celui que vous recherchez.

- L'êtes-vous ?

- Si je vous disais non, me croiriez-vous ?

- Je ne demande qu'à le croire, mais votre parole n'est pas suffisante.

- Nous ferions mieux de regagner la terre ferme, dit-il en détournant le regard.

     L'homme à la plume se remit à ramer, le regard perdu dans le lointain. Une fois qu'ils eurent atteint le ponton, il attacha la barque et aida Béatrice à sortir. Il plongea à nouveau son regard dans le sien et garda ses mains dans les siennes.

- Venir ici toute seule pour traquer un meurtrier n'est pas très prudent, lui fit-il remarquer. Je n'aimerais pas qu'il vous arrive quelque chose.

- Vous n'avez pas répondu à ma dernière question.

- Si l'un d'eux semble être violent ? Ce ne serait pas une preuve de culpabilité.

- Je sais, mais ce serait un début de piste.

- Retournons au salon.

     La jeune femme le suivit, malgré ses inquiétudes. Il n'allait pourtant pas l'assassiner devant tout le monde, se morigéna-t-elle. Et puis, elle ne parvenait pas à se l'imaginer dans la peau d'un tueur. Néanmoins, elle devait rester sur ses gardes.

     Ils traversèrent le jardin, main dans la main, et retournèrent dans la maison, plus précisément, dans le salon où tous les participants s'étaient retrouvés à leur arrivée. Il n'y avait que très peu de monde à présent. L'homme à la plume la conduisit vers un canapé, et il la fit asseoir sur ses genoux.

- Je pensais que vous alliez me ramener vers la sortie, dit-elle en faisant mine de chuchoter à son oreille.

- Je ne vous laisserai pas partir dans cette tenue voyons, plaisanta-t-il.

- Que faisons-nous là alors ? Auriez-vous un plan ?

- Je n'ai pas de plan, comme vous dites. Je voulais juste vérifier si les deux prétendants de L'impertinente étaient toujours dans le salon, et les observer le cas échéant.

- Et bien, sont-ils présents ?

- Vous voyez l'homme barbu qui semble broyer du noir dans son verre du whisky ?

- Oui.

- Et la femme blonde sur le canapé d'en face, en tenue de cuir, qui murmure à l'oreille de sa compagne ?

- Oui.

- Ce sont eux, les prétendants. Les deux sont amoureux de L'impertinente, mais cette dernière a fini par délaisser l'une et se rapprocher de l'autre, expliqua-t-il. Je n'ai pas eu l'impression que Miss Bondage ait apprécié d'être ainsi délaissée.

- Je vois, fit Béatrice avec lenteur.

- Vous ne vous attendiez pas à ce qu'une femme soit parmi les suspects, comprit-il.

- Non. Rien dans son journal ne laissait penser qu'elle appréciait la compagnie de ses dames.

- Son journal ? Ainsi donc, c'est ce qui vous a mise sur la piste.

     Béatrice se mordit la lèvre inférieure en se traitant d'idiote.

- Ce n'est pas grave ma chère, dit-il en jouant avec l'une de ses boucles. Je vous assure que je ne suis pas un meurtrier.

- Parce que vous me le diriez si vous l'étiez ? fit-elle avec un petit rire sans joie.

- Sans doute pas , en convient-il. Mais vous êtes obligée de me croire sur parole.

     Béatrice se sentait lasse de ce petit jeu, et n'avait qu'une envie, retirer cette tenue pour se glisse dans son pyjama et dormir tout son saoul. Que pouvait-elle faire de plus ? Elle tenta de se remémorait le contenu du journal que Charlotte, la jumelle de Catherine, lui avait donné.

- Comment est-morte ? demanda son compagnon.

- Je n'en sais rien, dut-elle admettre.

- Comment ça ? fit-il, étonné.

     Béatrice se tortilla sur lui, mal-à-l'aise. Devait-elle tout lui dire ? Ce ne serait pas prudent, mais sans lui, il était certain qu'elle aurait fait choux blanc ce soir.

- L'un de ses proches est venu me trouver après avoir signalé sa disparition à la police. Sauf qu'il est beaucoup trop tôt pour qu'elle puisse intervenir. En désespoir de cause, et persuadé que L'impertinente a été assassinée, cette personne est donc venue me trouver, avec le journal intime.

- Qu'est-ce qui vous fait croire, qu'elle est morte ? demanda-t-il, perplexe.

- Je connais cette personne, et elle a su me convaincre, se contenta-t-elle de répondre.

- Fort bien, je me contenterai de cela, soupira-t-il dans le creux de sa nuque. Qu'allez-vous faire maintenant ?

- Vous parieriez sur lequel des deux ? demanda-t-elle plutôt.

- Vous êtes sérieuse ? Oui, bien sûr que vous l'êtes. Je dirai la fille, finit-il par décréter.

- Parfait ! lança-t-elle avant de se lever et de se diriger vers Miss Bondage.

     Béatrice pouvait être très impulsive par moments. Plutôt que de continuer à réfléchir en vain, elle devait agir, elle le sentait. Si L'homme à la plume lui avait raconté des mensonges de bout en bout, elle aurait l'air ridicule, mais tant pis.

     Arrivée devant le couple de femmes, elle remarqua que Miss Bondage ne regardait pas vraiment sa compagne. Ses yeux étaient rivés sur son rival, et elle y lut une haine sans nom. Un éclat attira l'attention de Béatrice, et elle vit que la jeun femme serrait dans l'une de ses mains une sorte de coup papier à l'air très tranchant. Ce fut alors qu'elle remarqua enfin la présence de Béatrice.

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle sèchement.

- Je sais ce que vous avez fait, et ce que vous vous apprêtez à faire, déclara Béatrice. A votre place, j'y renoncerai. Vous avez fait assez de mal comme ça !

     Une lueur de crainte passa dans le regard de Miss Bondage, confirmant les soupçons de Béatrice. Mais la lueur se volatilisa bien vite, et la femme se jeta sur Béatrice, le coupe papier levé.

     La scène qui suivit sembla se passer comme au ralenti. Béatrice vit la lame briller et se rapprocher de sa poitrine, mais quelqu'un sembla la tirer en arrière, et elle tomba lourdement sur le sol.

     L'instant d'après, L'homme à la Plume ceinturait la meurtrière, qui avait perdu son arme dans la bagarre.

     Plus tard, alors que la police avait investi les lieux, et que Béatrice avait déjà raconté son histoire plus d'une fois, emmitouflée dans une couverture, L'homme à la Plume, qui n'avait plus, ni masque, ni chapeau, s'approcha d'elle.

- Vous êtes une aventure à vous toute seule, vous savez, dit-il avec son sourire charmeur.

- Vous m'avez sauvé la vie, merci.

- J'aime sauver les demoiselles en détresse, après les avoir chatouillées.

     Béatrice rit.

- Il semblerait que vous ayez eu raison. Elle a avoué le meurtre de Catherine.

- C'est sa soeur jumelle qui est venue me trouver. Les jumeaux ont un lien spécial vous savez.

- Oui, c'est ce qu'on dit.

- Charlotte, sa soeur, était ma prof de journalisme à la fac. J'ai une jumelle moi aussi, alors elle savait que je comprendrai.

- Les circonstances sont sûrement mal choisies, mais j'aimerais beaucoup vous revoir. Disons, dans un cadre plus conventionnel.

- C'est tentant, dit-elle.

- Voici ma carte, appelez-moi quand vous voulez.

     Béatrice fut stupéfaite en lisant le nom de son sauveur, mais surtout sa profession.

- Vous êtes psychologue ?

- Et sexologue, et d'autres choses encore, susurra-t-il à son oreille.

Anne C.

La déraison

 

Béatrice accompagnée de son amie Gabrielle prenait part à la soirée organisée par la société pour laquelle elle travaillait. Elle était salariée d’une importante compagnie spécialisée dans l’organisation d’événements qui prétentieusement se dénommait «  Day-Dream ».  Chaque noël, était prévue une soirée, dans une aile du château de Versailles pour tous les membres de la société. Cette année, chacun avait été sommé de venir masqué  pour célébrer sans tabous les bons chiffres de l’année. La société explosait de demandes depuis sa création, le CA grandissait chaque année et Béatrice y contribuait très largement depuis cinq années déjà. Elle ne comptait ni ses heures en semaine, ni le nombre de weekends passés loin de ses proches et ce, sans rechigner malgré un salaire de misère. Lors de rares soirées comme celles-ci, elle pouvait récolter les fruits de son travail. Enfin un peu de reconnaissance pour tant de travail abattu ! Près de 85% des salariés venaient accompagnés d’amis ou de membres de leur famille à défaut d’avoir une femme ou un mari. Comment avoir une vie privée avec ce rythme de fou furieux ? Depuis cinq années déjà, Béatrice invitait sa meilleure amie à venir avec elle en espérant à chaque fois que pour la prochaine soirée, elle serait au bras d’un éventuel fiancé.

-          Je suis excitée comme une puce Béa, pire que les années précédentes ! Admire mon déguisement d’abeille ! Ne suis-je pas à croquer sincèrement ? Les lunettes-loupes étaient à 20 euros, j’ai longtemps hésité mais franchement cet accessoire fait toute la différence.

-          Tu es sublime Gab en petite maïa mais je pense que mon déguisement est plus saillant, tu n’y peux rien ! Je suis la fée Mélusine, j’enchante et je charme tout et tout le monde à partir de maintenant, montre en main !

Le jeu en ce début de soirée pour les deux complices était de démasquer les personnes présentes. Accoudées au bar principal, elles jouaient les sentinelles. Etre masqué permettait de mélanger tout le monde pour que chacun puisse s’exprimer librement sans l’influence du statut social. Les stagiaires trinquaient sans le savoir avec des responsables de région, des directeurs et parfois même le PDG. Les nombreux buffets étincelaient et regorgeaient de produits fins du monde entier. Il y avait des petites attentions pour tous ceux qui s’étaient réellement démarqués cette année, comme Henry, le responsable Afrique qui avait décroché un contrat avec l’ambassade du Ghana et qui avait une table à son honneur avec une photographie gigantesque le représentant avec l’ambassadeur entrain de pêcher. Hanouche, l’adjointe responsable Afrique avait sa table à l’effigie du Cameroun pour qui elle organisait désormais exclusivement tous les congrès se déroulant sur le territoire français. Quand à Béatrice, en tant que responsable Europe avec le plus gros portefeuille clients de la société, elle avait eu le privilège de choisir le groupe de son choix qui officierait sur scène pour la soirée de ce soir.                                                                                                                         

Elle avait choisi « The Verve » qu’elle adorait et pour qui son PDG avait versé une somme colossale sans même sourciller.  La soirée battait son plein et les coupes n’étaient jamais vides bien longtemps. Le thème était : l’éphémère anonyme, quant au leitmotiv, il se résumait par : tout ce qui se passe à Versailles y reste. De ce fait, tout le monde profitait et buvait absolument tout ce qu’il voulait. Béatrice et Gabrielle testaient des dizaines de cocktails préparés par le meilleur barman de France, tous absolument divins et uniques. Tout le monde dansait, les convives resplendissaient de  bonheur, semblaient tous avinés et Béatrice se sentait un peu étourdie et  guillerette elle-même. Les deux amies arrivaient à identifier chaque personne malgré des déguisements vraiment réussis.

-          Passons aux choses sérieuses Béa, on se tape qui ce soir?

-          Notre boulot est déjà bien assez superficiel la plupart du temps comme ça Gab, ne t’acclimates pas trop.

-          Stop, Béa. Tu es tellement busy que ta vie personnelle est chaotique ! On ne t’a pas touchée depuis au moins neuf mois, j’en suis certaine !

-          Gab ! Je te remercie de me déprimer, je suis ravie de ta présence.

-          Louche un peu ce canon à onze heures et arrête de pleurer sur ton sort !

-          La vache ! c’est impossible qu’il soit dans notre société cet étalon. Repérable à des kilomètres à la ronde, je te jure qu’il n’est pas salarié chez nous, sinon je l’aurais vu. C’est le genre d’homme qu’il faut fuir Gab, trop certain de ses atouts pour savoir vraiment en jouer ! Puis, c’est un coup à se retrouver cocue à chaque coin de rue ! Trop beau, trop con.

Pourtant, Béatrice devait bien se l’avouer, il lui faisait de l’effet...L’homme du haut de ses 1m 90, avec sa carrure parfaite, sa mâchoire puissante et ses fossettes marquées sur la joue gauche, était sublime. Son masque ne couvrait que ses yeux et pourtant il lui était impossible de le reconnaître dans son De Fursactrois pièces couleur ivoire. Il portait élégamment une épaisse chevelure noire ébène lui tombant au creux des reins. On pouvait imaginer qu’il ne s’agissait peut-être pas d’une perruque tant cela paraissait réel. L’homme parlait vivement avec deux femmes, Liliane et Anne du service marketing, faciles à reconnaitre, elles étaient les deux vraies bombes de la société. Les deux beautés en question, se trémoussaient en admiration devant lui, les yeux écarquillés et les bouches ouvertes béatement. D’ailleurs, même les hommes aux alentours semblaient fascinés, certains paraissaient envieux, d’autres carrément hostiles. Les deux amies regardaient la scène en dégustant leurs cocktails « Gin, concombre, sucre de canne ».

-          Tu crois qu’il va se taper les deux bombasses en même temps, Béa ?

-          Je ne sais pas mais je pense que cela ne dépendrait que de lui étant donné la manière dont elles lui caressent les cuisses. Attends, je reviens, le manager des Verve m’appelle.

Béatrice se dirigeait rapidement vers le groupe qui jouait à plein volume en fond de salle, quand le sublime homme vînt vers elle, plantant ainsi sans ménagement les deux prédatrices outrées. Lui bloquant le passage, il la retint vigoureusement et lui glissa un mot dans la main. Pendant les furtives secondes où elle fût incapable de faire le moindre mouvement, l’homme la dévorait littéralement des yeux, fixant intensément son décolleté. Ce qu’elle vit dans ses yeux ressemblait à de la souffrance,  elle se sentait douloureusement désirée. Ce féroce au regard glacial, bestial, possédait deux immenses prunelles brunes qui la pénétraient. Elle réussit à se dégager après quelques secondes de flottement et s’enfuit presque en courant. Quand elle se retourna pour vérifier qu’il ne la suivait pas, elle constata qu’il n’avait pas bougé d’un pouce mais fixait ses fesses d’un œil mauvais avec une moue provocatrice sur le visage. Leurs regards se croisèrent et ne semblant ressentir aucune gêne, il se retourna en haussant les épaules pour rejoindre les reines du marketing.                                                                               

Elle fût tellement choquée par tant d’impolitesse qu’elle décida de relever l’affront malgré l’envie de fuir, elle avait sa fierté. Elle arriva dans son dos à toute allure et le saisit par le bras pour le retourner et lui faire face. Les femmes lui jetèrent un regard réprobateur et noir. L’homme sembla surpris mais ne chercha pas à s’arracher à la poigne de Béatrice. Au contraire, il s’avança vers elle, permettant ainsi à Béatrice de mieux maintenir sa prise et approcha son visage à quelques centimètres à peine du sien. De la pure provocation.

-          Pour qui vous prenez vous ! On ne regarde pas les femmes de cette façon ! Vous êtes méprisable, abjecte, vous êtes un…

-          Je suis le genre d’homme qu’il faut fuir, trop certain de ses atouts pour savoir vraiment en jouer. Venez en juger par vous-même, venez parler en connaissance de cause pour une fois. Rendez-vous dans deux heures, la petite cabane du jardiner. Elle se trouve derrière l’alcôve et la statue de Diane à la chasse.

-          Vous êtes surtout le genre d’homme qui mérite de tomber sur une femme qui lui fasse gouter le goût de ses bottes.

L’homme se dégagea brutalement et rejoignit les deux femmes qui ne demandaient que cela. Béatrice voyait rouge, elle détestait les hommes qui prenaient les femmes pour de la viande, elle aurait aimé pouvoir leur donner à chacun une bonne leçon de savoir aimer, de savoir être. Peureuse, mais plus que tout fière, elle ne supportait pas d’être rabaissée ou qu’on lui manque de respect et là, elle se sentait réellement humiliée. Elle était tiraillée entre l’envie de relever le défi pour aller en découdre avec ce type ou bien faire comme si rien ne s’était passé et continuer tranquillement sa soirée. Et si elle acceptait et qu’elle le regrettait par la suite ? S’il savait finalement user de ses atouts et qu’elle se faisait totalement avoir, prise sous son charme ? La fierté valait-elle la peine d’oser ?                                                   

Pensive, se souvenant qu’elle devait rejoindre le groupe, elle trébucha sur le sol glissant et renversa l’intégralité de son cocktail sur un homme. Béatrice se retrouvait face à un autre costume De Fursac. Celui du provocateur de toute à l’heure était blanc et celui de la victime était noir mat. Lui, avait le regard doux et une chevelure dorée en guise d’artifice. Une vraie beauté se dessinait sous le déguisement, son visage était paré d’un masque de porcelaine et une fois de plus, il était impossible pour Béatrice d’identifier quiconque pouvait se cacher derrière ce déguisement.

-          Je suis confuse monsieur, je vais vous laisser mon numéro pour le pressing. Je dois juste aller voir le manager du groupe qui semble s’impatienter. Je reviens de suite, veuillez m’excuser.

L’homme la retint doucement et lui dédia un sourire comme elle n’en avait jamais vu. Un sourire immense, éclatant et brillant rayonnait sur son visage. Son regard dégageait une telle douceur qu’elle en était pétrifiée sur place. Son cœur battait à tout rompre, c’est alors qu’il saisit sa main et qu’elle se sentit électrisée. Il glissa un mot dans celle-ci et murmura à son oreille :

-          Tu es la fée Mélusine, qui enchante et charme tout et tout le monde. Rendez-vous dans deux heures, la petite cabane du jardiner. Elle se trouve derrière l’alcôve et la statue de Diane à la chasse.

Il la quitta et alla rejoindre un groupe de femmes qui semblait l’accompagner. Béatrice stupéfaite, avança vers le manager en tremblant. Elle traversa la piste en ayant le sentiment de planer totalement.

-          Tout se passe bien pour le groupe et vous-même?

-          Oui, très bien. Votre patron a demandé au groupe de jouer une heure de plus, il semble réellement apprécier. Je vais rentrer si vous n’y voyez pas d’inconvénient.

-          Aucun inconvénient, c’est parfait. Merci pour tout.

-          Voici pour vous, on m’a juste demandé de vous la remettre.

-          A quoi sert cette clef ? Qui vous l’a donnée ?

-          De Fursac. Il a dit que vous comprendriez.

Le manager la salua et s’en alla, Béatrice retourna au bar pour commander un triple scotch.

-          Qui sont ces deux bombes Béa ? Tu m’en présentes un ? Celui en noir par exemple ? Il a l’air moins farouche que celui en blanc !

Béatrice ne répondit pas et dégusta son triple scotch pendant que Gab s’affairait à draguer le barman. Elle entreprit de lire les messages, ils étaient identiques. Il était écrit sur tous deux:

« Viens avec nous. La petite cabane du jardiner. Derrière l’alcôve et la statue de Diane à la chasse. De Fursac. »

Béatrice n’eut pas le temps de se poser de questions car ils étaient tous deux à ses côtés. Un à sa gauche et un à sa droite. Le premier souriant jusqu’aux oreilles et l’autre toujours aussi froid. L’homme en blanc, à sa droite, lui lança :

-          Il n’y aurait que moi, sache que je te prendrais maintenant et ici. Mais je vais attendre, je sais que ta curiosité t’amènera à nous.

Béa observait intensément le provocateur, il ne cillait pas, ne baissait pas les yeux. Plus sa colère à elle et son indignation grandissaient et plus ce regard se faisait perçant et pénétrant. Il aimait la choquer, elle venait de le comprendre.

Le deuxième homme détourna son attention et d’une voix chaude et prometteuse la supplia dans le creux de l’oreille:

-          Viens s’il te plaît, cela ne t’engages à rien et tu verras une exclusivité du château de Versailles ! Nous te proposons une belle balade au clair de lune, pour le reste c’est toi qui décideras. Rendez-vous dans deux heures. Il l’embrassa sur la joue pendant que l’autre pressait fortement sa cuisse.

Ils se levèrent et allèrent rejoindre le PDG pour le saluer. Qui pouvaient bien être ces deux hommes ? Electrisée. Ce simple contact sur la joue l’avait électrisée. Davantage pour prouver à la brute qu’il n’était pas le plus fort que pour la gentillesse de l’autre, elle irait. Elle ne savait pas vraiment ce qui allait se passer mais il avait raison le diable, sa curiosité était plus forte que tout. Elle réfléchissait à tous les scenarios possibles quand elle fût interrompue brusquement dans ses rêveries.

-          Béa, je suis complètement saoule mais je te présente Bob, mon Barman fétiche ! Il fait des merveilles, donne lui n’importe quel défi, il le relèvera !

-          Ok Bob, je veux un truc fort qui saoule bien, vite et jusqu’à demain matin.

Une heure après avoir fait ingurgiter une multitude de cocktails aux deux amies qui riaient un peu trop fort, Bob termina son shift et emmena Gab chez lui.  Béa était désormais officiellement ivre, elle dansait, virevoltait et parlait avec tout le monde. Les De Fursac, dansaient, échangeaient et se faisaient ouvertement dragués par chacune des femmes célibataires présentes. Béa se disait que peut-être, le RDV de ce soir n’était qu’un canular de mauvais goût. Elle sentait poindre deux sentiments opposés en elle : de l’apaisement et de la déception. Autour de ce qui devait être sa dernière petite coupette, « the verve » se mît  à jouer un air qu’elle ne connaissait pas. Fan inconditionnelle de ce groupe, elle savait qu’il n’était pas d’eux. Le refrain disait :

« It is time to be wild now » : Se lâcher, retourner à l’état sauvage, faire n’importe quoi.

Elle regarda en direction des deux hommes, ils s’étaient immobilisés et la fixaient tous deux. L’homme en noir lui fit une révérence polie puis sorti. Celui en blanc la défia de le suivre, ce à quoi elle répondit  fièrement en relevant la tête, acceptant ainsi de relever le défi. Elle sortit quelques minutes plus tard, le temps pour elle de finir une autre coupe. Il faisait frais dehors, la lune était pleine, elle marcha une bonne vingtaine de minutes dans les herbes avant de visualiser la statue. La nuit était belle, Béatrice était complètement seule dans cette partie du château et la cabane du jardin qu’elle apercevait à quelques mètres à peine, semblait inoccupée. Elle et Gab étaient venues dans la journée se balader ici, il était donc simple pour elle de retrouver le chemin même en état d’ébriété.                                                                                                                                                     

Elle saisit la clef dans sa poche et l’enfonça dans la serrure. Peut-être était-ce l’alcool qui aidait, elle se sentait grisée tout autant que stressée. Dans quelle aventure se lançait-elle ? Sa fierté pourrait bien lui couter très cher !

 Quand elle entra dans la cabane, l’homme en noir se tenait debout et silencieux. Un gigantesque lit de plumes ainsi que des dizaines d’oreillers était installés derrière lui. Il était tout sourire et paraissait sincèrement heureux de la découvrir ici. Sans paroles, il s’avança, et à quelques centimètres d’elle seulement, il se mit entièrement nu. Béa était éblouie par ce corps fin, lisse et élancé. Il était réellement à couper le souffle et ne bougeait plus, attendant patiemment d’être convié à s’avancer davantage. Il y avait tellement d’humilité et de douceur dans ce regard qu’elle ne put résister à l’envie de tendre la main. Il y répondit par un gloussement de contentement et marcha vers elle, l’embrassa tendrement, défit le haut de sa robe pour admirer son torse nu. Il palpait ses seins désormais, les léchaient en agaçant les tétons avec sa langue. Béatrice haletait de plaisir et se laissait guider. Il la retourna et une fois dans son dos, dégrafa le reste de sa robe, enlevant ses bas par la même occasion. Habillement, il fit glisser sa culotte au sol et entreprit de commencer à la caresser entre les cuisses. Elle se laissait ainsi dorloter, puis, quand elle rouvrit les yeux sortant ainsi de son état de plaisir pendant une seconde, elle le vit. Elle n’avait pas pensé à lui depuis son entrée dans la cabane. Pourtant il était bien là, l’autre, l’homme en blanc, la fixant de son regard dur. Il ne bougeait pas et dégageait beaucoup d’animosité. Il semblait excédé et ennuyé. Elle se raidit d’un coup et se retourna vers son délicat amant cherchant des réponses dans son regard azur.

-          Quel est son problème ? Pourquoi me regarde-t-il comme ça ? Allons ailleurs s’il te plaît.

-          Ma douce, ne t’inquiètes pas. Il ne te fera rien, tu le laisses de marbre. Il va juste monter la garde pour que nous soyons tranquilles.

Elle pivota de nouveau pour faire face à l’homme qui s’était enfoncé un peu plus dans la pénombre. Elle souhaitait ainsi lui faire croire qu’il ne la dérangeait pas. Le mouvement de Béatrice sembla le surprendre et attiser sa curiosité, ses yeux luisaient dans l’obscurité. Elle entreprit de se détendre et d’essayer de faire abstraction. Il voulait la rendre mal à l’aise, la faire se sentir laide et non désirable. Il n’y arriverait pas, cela faisait presque une année qu’elle attendait qu’un homme prenne soin d’elle. Ce soir, c’était sa soirée.

Son amant prodiguait ses soins inlassablement, une main enflammant ses tétons et une autre enfouie dans son sexe, elle haletait mais ne réussissait pas à jouir. Elle regarda furtivement l’homme en face d’elle, il avait l’œil plus vif, une lueur d’intérêt brillait dans ses yeux. Elle s’impatientait, s’énervait de ne réussir à atteindre l’orgasme. Béatrice supposait que c’était l’autre qui l’empêchait de venir ou bien qu’elle n’arriverait à rien tant qu’elle ne serait désirée par lui. Elle devait bien le reconnaître, elle voulait que cet homme la désire, elle voulait le faire réagir. Béatrice était excitée par cet homme qui la regardait presque sans lui prêter attention.  Surprise de sa propre audace, Béatrice se mit à le provoquer du regard et lui proposa crûment de les rejoindre, si bien qu’il semblait choqué. Il se mordait la lèvre et son regard lançait des éclairs. Il se déshabilla hâtivement et lorsqu’il fût opérationnel, elle brandit fermement le bras en guise d’interdiction. Il se mit à sourire,  un sourire glacial certes mais un sourire tout de même, il avait trouvé une camarade de jeux. Elle allait se faire désirer pour lui faire les pieds et il allait aimer cela. Son amant désormais était occupé à gouter son entrejambe. Elle s’arrangeait pour toujours fixer l’homme nu en face d’elle, il était tout près et de le voir ainsi, à sa merci, la contentait au plus haut point. Son sexe imposant pointant en sa direction, l’appelait. Elle leva fièrement la tête et lui tendit enfin la main.  Il se rua sur elle, l’arrachant ainsi à la tendresse de son amant pour la saisir, la soulever et enrouler ses jambes à elle autour de son bassin à lui, puis la prendre contre le mur de la cabane, violemment. Sous le choc, elle le regarda, effrayée. Il la martela sans ménagement en serrant sa gorge et elle jouit en quelques secondes à peine, aussi fortement que lui, en tremblant contre sa peau. II la déposa dans les bras du délicat amant qui continua à s’occuper d’elle. Béatrice se mît à chevaucher celui-ci lentement, sa douceur lui faisait perdre la tête, puis elle vit le deuxième homme se rhabiller et sortir sans même lui jeter un regard.

-          Il ne faut pas le prendre pour toi, il n’a aucune tendresse à donner mais il aime à sa façon et tu vas t’y habituer.

 Après plusieurs heures d’échanges passionnés, elle se lova contre lui et s’endormit profondément.

Angélique G. 

BEATRIZ ET JAYDEN

 

Elle était jeune, belle, brillante et promue à un destin inattendu. Il était loin d’imaginer que la vie lui offrirait le cadeau si merveilleux d’une rencontre peu banale. Des milliers de kilomètres les séparaient mais d’un seul coup de crayon, l’univers avait tracé leur destinée commune…

 

Elle se nommait Béatriz. Le destin l’avait débarquée dans ce quartier d’Amsterdam où, chaque nuit, elle siégeait dans une vitrine rouge, adoptant des positions attirantes et aguicheuses. A l’orée de ses 18 ans, elle avait quitté ses parents et son Ukraine natale pour tenter l’aventure d’une vie qu’elle espérait pleine d’espoir et de projets. Elle était inscrite à l’Académie Royale des Beaux Arts d’Amsterdam et caressait le doux rêve de devenir un jour propriétaire d’une galerie d’art célèbre et reconnue des plus grands peintres du moment.  Pour subvenir à ses besoins, tous les soirs, le cœur au bord des larmes, elle se parait d’une tenue sexy, de joie et de chair. Elle ajustait une perruque faite de cheveux synthétiques rouges et scintillants, et cachait son visage derrière un masque vénitien. Ainsi, toutes ses soirées lui étaient détestables. Elle restait figée, emprisonnée dans cette cage de verre, traquée par des regards masculins malsains et excités par un décolleté laissant deviner sa jeune et troublante poitrine. Son esprit tentait d’occulter la difficile et insupportable situation qu’elle vivait. Pétrie de peur derrière un masque fragile, elle tentait d’apaiser ses frayeurs. Elle retenait ses larmes et se mordait les lèvres au sang pour ne pas hurler de rage lorsque les loups ouvraient la chasse. Ainsi, elle gagnait quelque argent honteux et douloureux que le jeune et inconnu propriétaire des lieux s’arrangeait pour lui transmettre chaque soir. Elle ne savait pour quelle raison ce dernier refusait de la rencontrer mais avait exigé que les hommes ne la touchent pas et qu’elle puisse demeurer un objet de convoitise virtuelle. A la nuit tombée, le visage et le destin cachés au monde, elle rêvait intensément du jour où l’homme de ses rêves l’enlèverait pour l’emporter loin de toutes ces malversations et lui offrir un monde empli de douceur et d’un authentique amour…

*

Le jour se levait sur Amsterdam et le réveil retentit sur le chevet tout à proximité de la couche de Béatriz. Difficilement, elle quitta le lit douillet et fit couler un bain dans lequel elle s’immergea avec douceur et volupté. Elle avait un corps de rêve, divinement musclé et son allure ne laissait jamais indifférent lorsqu’elle franchissait les portes de l’Académie. Elle songeait souvent à ses parents qui lui manquaient terriblement. Sa tendre mère ne cessait de lui répéter qu’elle était la plus jolie fille au monde et qu’elle se devait de rester prudente lorsqu’elle se trouverait loin des siens. A la hâte,  elle avala un café et un bagel, enfila un jean usé surmonté d’un Tee shirt coloré superposé d’un blouson de cuir usé. Elle attrapa sa planche à dessin, sa volumineuse trousse de travail et quitta l’appartement en saluant son chat. Elle souriait, elle était radieuse à l’idée de passer une nouvelle journée, entourée d’artistes en devenir avec lesquels elle échangeait volontiers des notions techniques, des nuances, des couleurs, des idées de peinture, cette histoire de l’art racontée par un professeur passionné et qui la projetait dans des contrées inconnues du haut de son tabouret, un crayon sur l’oreille et le regard empli d’images merveilleuses. Elle avait la sensation de recharger son corps en énergie positive pour mieux affronter un destin nocturne et secret qu’elle détestait par dessus tout mais qui lui permettait de mener à bien son projet de vie. Ainsi, les jours, les semaines et les mois passèrent. Ses études touchaient à leur fin. La souffrance qui l’envahissait chaque soir et ce douloureux travail qu’elle avait accompli durant toutes ces années lui avaient permis d’économiser suffisamment d’argent pour l’achat d’un local destiné à la création d’une galerie d’art, le rêve de toute sa vie…

Depuis quelques jours, elle croisait fréquemment ce jeune garçon qui l’attirait par son regard quelque peu timide et profond mais surtout par cette allure qui déclenchait chez elle l’impression soudaine que son cœur s’emballait faisant vibrer son corps tout entier. Plus les jours passaient et plus le regard de cet inconnu envahissait ses pensées. Ils ne s’étaient jamais parlé ; ils échangeaient un simple contact de leurs yeux, de leurs lèvres béantes et Béatriz se ravissait de cet instant suspendu comme un nuage de douceur. Ainsi, lorsque la journée touchait à sa fin et qu’elle s’installait dans le box de verre rouge, son allure presque dénudée et exposée en vitrine lui semblait un peu moins lourde à assumer. Elle s’asseyait sur ce tabouret de fer ; elle tentait de suspendre le temps en occultant tous les mauvais regards portés sur elle et songeait à ce jeune homme qu’elle aimait en secret…

*

Cette nuit-là, Jayden quitta son bureau tardivement. Au décès de son père, il était devenu, malgré lui, le chef d’une entreprise occulte et se trouvait contraint de conserver ce patrimoine qui lui permettait de continuer à financer ses études. Il avait belle allure et portait souvent un costume de lin naturel qui laissait deviner un corps taillé dans le roc. Ses cheveux, couvrant son cou, formait de généreuses boucles blondes et son regard, d’un bleu intense et profond semblait raconter l’histoire d’une vie tumultueuse. Il était orphelin depuis quelques mois et, malgré la tristesse et le désarroi qui l’envahissaient souvent, il restait debout et s’accrochait à ce projet fou de devenir un jour un artiste peintre de belle renommée. Ainsi, il avait appris à mener de front deux existences opposées mais, tout au fond de lui, il savait qu’il aurait à faire un jour le choix douloureux de vendre le patrimoine cédé par son paternel. Il comptait dans ses effectifs cette jeune fille Ukrainienne dont il ne connaissait que le prénom mais qu’il croisait tous les jours à l’Académie Royale des Beaux Arts. Il savait d’elle qu’elle était une artiste accomplie, que, de la même façon que lui, ses études allaient se terminer et que, quoiqu’il arrive, il ne pourrait supporter l’idée de ne plus jamais la revoir. A quelques semaines de la fin de sa formation professionnelle, son cœur se serra soudain si fort qu’il réalisa qu’il était fou amoureux de Béatriz. Sans jamais lui avoir parlé, il la connaissait dans son intimité la plus profonde. Chaque soir, en secret, il l’observait, enfermée dans cette cage de verre illuminée de rouge. Il se cachait au coin de la rue et il figeait son regard sur cet être si fragile. Soudain, comme pris de folie, il imaginait, il devinait ses seins, tendus et blancs, qu’il caressait du bout des doigts jusqu’à l’entendre gémir de plaisir. Il frémissait de tous ses membres en s’imprégnant virtuellement de la volupté de sa peau, de la courbe de ses reins. Il la touchait, l’entourait d’une tendresse inouïe, puis, délicatement et dans la chaleur d’un corps à corps sensuel, ses mains la caressaient jusqu’à glisser vers le triangle du désir. Elle se donnait entière à lui, le suppliant, l’invitant à franchir les sommets extrêmes des plaisirs sexuels. Ensemble, et dans le même cri, leurs corps rendus fébriles par un va-et-vient incessant retombaient de douceur dans des draps de soie et au matin d’un jour infiniment tendre laissant leur deux âmes en suspension, entrelacées au dessus de leur couche…

Les lumières rouges s’éteignant et la rue se désertant,  il revenait douloureusement à la réalité, réintégrait son bureau à la hâte  et s’arrangeait pour que Béatriz récupère l’argent qu’il avait soigneusement glissé pour elle dans une enveloppe. Il la suivait jusqu’à son appartement et, rassuré, regagnait son domicile tout à proximité. Jayden était donc ce patron malgré lui, le chef de cette entreprise du sexe qu’il détestait et il avait veillé, depuis tout ce temps, à ce que personne ne touche à cette jeune Ukrainienne qui lui avait tatoué le cœur et qu’il sentait, au plus profond de lui, qu’elle deviendrait un jour la femme de sa vie…

*

L’été approchait et avec lui, la fin d’un cycle, le départ vers une nouvelle vie pour  Béatriz. Elle était à la fois triste et enjouée. Elle savait qu’elle ne croiserait peut-être plus jamais ce jeune garçon, qui, au fil des années, était devenu très bel homme. Ce vide qu’elle éprouvait, n’était-ce pas quelque prémices d’amour ? Il lui fallait franchir le pas et aller vers lui, le regarder, échanger quelques mots, l’effleurer. Cette attirance, cette intuition n’étaient-elles pas le signe d’un destin qu’ils pourraient avoir en commun ? Pourquoi se trouvait-elle dans l’impossibilité totale de l’oublier ? Elle n’avait de cesse de lutter pour effacer son visage, ses yeux, son sourire mais rien n’y faisait, ses pensées redessinaient toujours le jeune homme…

*

Béatriz et Jayden s’aimaient donc en secret depuis toujours et il suffisait simplement que les divinités de l’univers se mêlent de leur histoire pour n’en faire qu’une seule et unique, belle et éternelle. C’était au soir du bal masqué. Béatriz avait déposé sa démission à ce patron mystérieux qui l’avait protégée pendant toutes ces années et grâce auquel elle n’avait pas été salie par des relations  sexuelles malsaines et dégradantes. Elle laissait derrière elle un passé dont elle avait honte mais qu’importe, la page était tournée et l’avenir s’ouvrait à elle. Dans quelques mois, elle inaugurerait l’ouverture de sa galerie et le rêve de sa vie allait s’accomplir. Elle jeta un œil dans son miroir et pour la première fois depuis fort longtemps, osa s’observer pendant un long moment. Elle se trouvait jolie et la confiance grandissait en elle. Elle se sentait poussée par une force inconnue et une joie immense envahissait tout son être en émoi. Elle attrapa le masque vénitien qu’elle avait acheté pour l’occasion et le porta à son visage. Elle était vêtue d’une robe de satin pourpre qui mettait son teint en valeur. Un agréable balconnet relevait sa poitrine naturellement jolie. A son arrivée au campus, elle reçut de nombreux compliments et l’admiration de tous ses camarades masculins. Son regard, malgré elle, cherchait Jayden. Elle ne le vit pas. Se pouvait-il qu’elle ne le revit jamais plus ? La soirée se passa, sans goût, sans réelle joie. Elle s’était parée des plus beaux atouts pour lui, pour ce garçon qu’elle avait tant attendu et il brillait par son absence. A présent, elle savait qu’il aurait pu être l’homme de sa vie. Elle se laissait aller à imaginer la chaleur de ses bras, la tendresse des baisers dans son cou, l’étreinte d’un échange corporel profond et sensuel. Elle désirait plus que tout l’enlacer, s’abandonner en lui et le chérir à jamais. elle ne pouvait rester un instant de plus. Elle fut secouée d’un flot de tristesse et se leva soudainement laissant ses amis dans le désarroi. Elle traversa la piste de danse pour gagner le vestiaire mais se sentit happée par une force inconnue qui lui attrapait le bras. En une fraction de seconde, elle était contre lui, elle humait le parfum qu’il dégageait. Jayden était là, il l’avait observée comme à son habitude, en secret, tout au long de la soirée, sans jamais pouvoir l’approcher. Lorsqu’il l’avait vue quitter le bal, il avait enfin pris son courage à deux mains et avait couru vers elle. Il avait besoin d’elle, besoin de la sentir près de lui. Il ne désirait qu’elle depuis trop longtemps. Ils étaient tous deux marqués de cet amour unique exceptionnel qui frappe sur deux âmes et qui ne les quitte plus. Ils s’étaient simplement regardés, l’amour les réunissait enfin et il semblait tout à coup qu’ils se connaissaient depuis toujours. Délicatement, Jayden l’entraîna au dehors et pendant des heures, ils échangèrent leur vie, leur destin, leur histoire commune. Enfin, leur masque tombaient. Béatriz découvrit le secret qui les unissait depuis longtemps et qui les reliaient sans qu’elle ne le sache jamais. Elle pleurait à chaudes larmes mais de ces larmes qui nettoient le cœur pour des jours meilleurs et la promesse d’un amour éternel. Jayden n’en finissait plus de caresser son doux visage et d’essuyer leur souffrance passée.

*

Quelques semaines plus tard, Béatriz et Jayden accueillaient chaleureusement leurs amis communs autour d’un verre de champagne et à l’occasion de l’inauguration de leur galerie d’art. Tout le monde était là et le vernissage battait succès. Le couple se félicitait de cette périlleuse réussite. Ensemble, ils étaient parvenus à la réalisation d’un rêve. Dans un élan passionnel et fougueux, Jayden enlaça Béatriz en lui attrapant la taille pour la serrer tout contre lui. Il chérissait ces moments délicieux. Il n’en finissait plus de l’embrasser, de plonger son nez et sa peau tout contre son visage inondé d’une lumineuse beauté. Autour d’eux scintillaient les étoiles d’un bonheur inébranlable. Leur projet de vie avait abouti, les divinités les avait réunis dans une énergie d’amour et de flamme éternelle.

Sylvie S