Écrire un texte à partir de l’une ou de l’autre des photos ci-dessus (ou les deux), en précisant dans votre réponse de laquelle il s’agit.

Que vont éveiller dans votre inconscient ces deux photos apparemment totalement différentes ?

Je laisse votre imaginaire s’exprimer librement… Aucune contrainte de style ou de longueur.

UN ENFANT SAUVAGE

 

Je me suis éveillé un matin au milieu d'une immense forêt, seul, abandonné de tous. J'ai longtemps erré dans les sentiers odorants. Je n'ai pas eu le choix, j'ai dû subsister au sein d'un milieu parfois hostile et dangereux. Mon enfance, je l'ai vécue aux bras de dame nature. Pourquoi ont-ils cru que j'étais fou ? Qui étais-je donc pour avoir été si cruellement  abandonné ? Je n'ai pas eu le temps de me poser toutes ces questions. Il me fallait manger, boire, dormir et là se trouvait mon quotidien...

* 

Assis sous un arbre baigné de soleil, je prends le temps de réfléchir et attends que la bête sauvage franchisse le chemin. Je tiens dans ma main une pierre que j'ai taillée moi-même et je sais que je n'hésiterai pas une seule seconde lorsque j'apercevrai ma proie. Je tends l'oreille et je perçois quelque craquement, de petites pierres qui se dérobent sous un pas lourd. Enfin, je l'aperçois. La bête est noire. Tête baissée et groin collé au sol, elle cherche, renifle et marque un arrêt. Elle sait que je suis tout près, elle se méfie. Mon odeur encore trop humaine trahit ma présence et l'envie pressante d'enfoncer cette arme de fortune dans le poitrail de l'animal. Mon ventre se serre et d'un seul bond, je saute, je cours, je crie, j'assaille ma victime de mille coups mortels. Elle râle, elle hurle de douleur, elle se débat mais trop tard, je connais le coup fatal, tente de l'atteindre et y parviens dans un cri de rage. En une fraction de seconde, elle s'effondre dans un dernier souffle et ses yeux se figent. Presque aussi vite, le sang jaillit puissamment de l’artère sectionnée, formant une mare autour de la bête. Je dépèce l'animal avec agilité. Mon ventre crie famine. À pleines mains, j'arrache la viande encore chaude et toute imbibée de ce sang qui coule, sillonnant mes avant-bras. Ma respiration s'accélère, les battements de cœur raisonnent dans mes tempes et je porte à ma bouche la chair sanguinolante extirpée de l'animal gisant au sol. Il me faut être rapide car je sais que les autres bêtes vont surgir de toutes parts pour dérober le précieux butin. Je quitte le sentier en emportant quelques morceaux enfouis dans une vieille peau. Je suis un aventurier de la survie. Mes journées sont rythmées par le soleil. J’ai appris à m’abriter des dangers, à repérer des terriers abandonnés pour m’y enfouir les jours de tempête. La forêt dans laquelle je vis n’a plus aucun secret pour moi et je connais plusieurs grottes dans lesquelles je me refugie à l’orée de l’hiver. Au lever du soleil, je sors de ma tanière et tel l’ours ébloui par la lumière du jour, me mets en route à la recherche de baies, de fruits, de racines. Parmi la faune, il est quelques animaux qui sont devenus, au fil du temps, des compagnons de jeu avec lesquels j’échange des moments d’affection, de contact, peut-être de ce contact chaleureux humain qui semble tant me manquer. Ainsi, je vis de chasse, de pêche, de cueillette. J’ai appris, je ne sais comment, à me préserver du froid en fabriquant des vêtements de peaux de bêtes. A présent, et par le plus pur des hasards, je peux faire du feu pour me réchauffer et cuire la viande ou le poisson. A la nuit tombée, je regagne un abri secret. J’amasse des brindilles, puis du bois pour allumer ce feu tant attendu et, lorsqu’une timide flamme danse sous mes yeux ébahis, je souffle très vite au-dessus d’elle pour la voir grandir à ma plus belle satisfaction. Quel est ce sentiment qui m’envahit lorsqu’assis en tailleur devant ce joli ballet flamboyant, mon esprit pleure, saigne. Je suis seul, désespérément seul.  M’apparente-t-on à un animal ou suis-je réellement un être humain ? Mais au fond, qu’est-ce qu’un être humain ? Une enveloppe corporelle capable de penser, d’aimer ? Je ne sais pas, cette idée me hante et je m’endors d’un sommeil perturbé empli d’images floues qui n’en finissent plus de tournoyer  au dessus de ma couche tels de petits diablotins cauchemardesques…

*

Ainsi, j’ai vécu quelques années à l’état sauvage avant d’être recueilli par l’Homme qui m’a tout appris, qui, à force d’éducation et d’observation, a su me restituer une dignité. Les mauvais rêves se sont enfuis. J’ai reçu des soins, de la nourriture qui avait une toute autre saveur que celle que j’avais connue jusqu’alors. J’ai découvert que je pouvais marcher sur mes pieds, que mes mains pouvaient caresser, toucher, aimer. J’ai apprivoisé les sons qui sortaient de mes entrailles et je les ai transformés en mots pour exprimer mes désirs, mes joies et mes peines.  Je suis conscient que mon histoire marquera les esprits et suscitera une intemporelle curiosité.

Souvent, je fuis la modernité, m’échappe quelques instants dans cette forêt qui a guidé les débuts de ma vie. Je m’assois au pied de l’arbre qui, autrefois me servait d’observatoire et de terrain de chasse. Je caresse l’écorce du vieux tronc, mes yeux se ferment et je savoure cet instant magique où des milliers d’images défilent en ma mémoire. Mon corps tout entier se laisse transporter par le chant des oiseaux, le bruit du vent dans les feuillages, la fuite des choses et du temps. Et c’est presque à la nuit tombée que je me décide enfin à quitter ces premiers lieux de vie. J’emprunte le sentier qui s’ouvre devant moi en délivrant les douceurs colorées d’un coucher de soleil rougeoyant. Les mains dans les poches et le nez dans les nuages, j’inspire profondément l’air de mon enfance avant de regagner la civilisation. Puis, tout en franchissant les marches du perron d’une vieille bâtisse, je pousse la lourde porte d’entrée, adresse un dernier regard vers mes souvenirs et entre dans la chaleureuse demeure. Au mur, ce portrait presque significatif, l’image d’un baiser échangé entre deux chatons…

 

Je réalise alors que je suis le témoin d’une vie sauvage, le lien indéniable de l’homme à la nature, que seul l’apprentissage de la parole nous sépare du monde animal. Je m’incline devant ce si fragile univers qui s’impose à nous chaque jour et que l’humanité toute entière se doit de respecter malgré sa prétention du savoir car je sais, que, tout comme nous, les animaux sont doués de bon sens, d’amour et de bienveillance telle que pourrait témoigner la photographie de ce si joli moment figé et presque humain partagé entre deux chatons… 

Sylvie S.

Les petites douceurs du cœur semblent souvent réservées aux autres.

 

La passion au sens littéraire est un état affectif intense et irraisonné qui domine quelqu'un. Ma première passion et moi vivions dans un monde dur et froid dans lequel notre couple s’entre-déchirerait pour se donner une illusion de mouvement. Certains appellent cela la passion, moi j’appelle ça de la servitude. Nous forniquions à nous retourner le cerveau et à faire taire nos cœurs solitaires. De l’ennui accouchait nos simulacres de disputes pour accéder à la jouissance physique ; la spiritualité étant inaccessible. Nous nous dévorions l’un l’autre à faire bleuir nos corps. Nous jouions un jeu de va-et-vient incessant entre le besoin de l’autre et le rejet de l’autre. Nous fuyions la cause de notre mal-être presque permanent ; deux âmes incompatibles. Des années durant, j’ai observé d’autres amoureux sans vouloir voir, sans vouloir admettre l’inadmissible. Il est presque impossible de sortir d’un mensonge qu’on se fait à soi-même quand il est enraciné. Nous nous étions créé une identité gémellaire néfaste à tout niveau, rêvant inconsciemment à ce que quelqu’un nous en délivre. Monde de sauvages, plaisirs sadomasochistes. Les premières amours sont les plus violentes, car sans expérience, nous avançons vers l’inconnu que bien vite nous prenons pour référence.

Encore aujourd’hui, je me souviens de nos voisins Denis et Bernadette qui voyaient tantôt valser les meubles tantôt les vêtements et parfois même Tanguy, mon compagnon d’infortune. La passion est destructrice, car pour un déluge de douleurs, elle apporte quelques ondées de bonheur passagères. Quand on réalise que la passion s’éteint, qu’elle ne peut durer sans épuiser totalement son âme et son corps, on se sent nu, on se sent perdu et la prise de conscience nous assourdit, nous rend fous.

La passion a toujours fait de nous des sauvages complètement accros aux tumultes de nos émotions, passant d’un extrême à l’autre. Un jour, un bonheur inconditionnel et le lendemain une souffrance à vous faire exploser à l’intérieur. Vous pourriez tuer quand vous touchez le fond et vous pourriez tuer quand on essaie de vous retirer le fruit de votre passion. De ces relations stériles et passagères, fatigué est votre cœur, éreintée est votre âme.

Puis un jour, l’Amour entre dans votre vie, un homme, une femme que vous n’avez pas vu arriver, que vous n’attendiez pas, bien souvent quelqu’un que vous n’auriez jamais pu imaginer comme étant l’autre, s’impose à vous. Tout d’abord, il s’insère en tant qu’interrogation des premiers essais balbultiants puis comme une évidence. Tout prend alors un sens, la vie à ses côtés est douce et belle. Tout ce que vous aviez pu craindre disparait dans un regard, toutes vos peines s’effacent dans un sourire et la simplicité des rapports vous comble en permanence.

Les autres qui connaissaient déjà les petites douceurs du cœur ne vous apparaissent plus comme des êtres simples d’esprit, ennuyeux et angéliques. Leur béatitude vous rendait amer, jaloux et mauvais. La vérité, c’est que quand l’Amour entre dans votre vie, l’autre devient plus important que vous-même, le bonheur de l’autre est une condition sine qua non à votre équilibre. L’état de rage que vous avez pu connaître, vos penchants passionnels et conflictuels vous quittent car vous n’avez plus besoin de palliatifs. Fini le Xanax à coup de sexe à outrance pour s’abasourdir, finit le Guronzan à coups de sang pour s’occuper. Fini l’artifice quand la réalité est belle.

Vous passez du puma au petit chaton, plus besoin de lutter, plus besoin de se battre.

Angélique G.

Noah

 

     Noah était un petit garçon de huit ans, le plus jeune d'une fratrie de sept enfants. La vie à la maison était loin d'être toute rose, entre sa mère épuisée par ses grossesses successives, ne s'intéressant principalement qu'à son fils aîné, sur lequel reposait tous ses espoirs, et un père qui passait ses journées à travailler dans les vignes, et qui, en rentrant le soir, n'aspirait qu'à une chose, boire tout son saoul dans le calme.

     Un seul avantage à cette situation familiale : Noah était libre de faire ce qu'il voulait en dehors de la maison, tant qu'il était de retour pour le dîner. S'il avait le malheur d'être en retard, son père ne manquait pas de le corriger, et il devait ensuite aller se coucher sans rien avaler.

     Ce que Noah aimait par-dessus tout, était le moment où sa journée d'école était terminée, et où il courait dans les bois prés de chez lui, pour s'adonner à son jeu favori. Le livre de la jungle était son dessin animé préféré, au point qu'il connaissait les répliques par cœur. Il aurait adoré être Mowgli, adopté par une meute de loups, et vivant dans la jungle avec Baloo pour compagnon.

     Noah laissait dans ces moments-là, libre court à son imagination, où les bois étaient une jungle, où il chantait avec Baloo la meilleure chanson du film, où il montait sur le dos de Bagheera et tentait d'échapper au tigre Shere Khan. Il se sentait si heureux alors. Il n'était plus seul au milieu d'une famille qui l'ignorait ou le malmenait. Il était avec son autre famille, née de son imagination pour combler le vide affectif qui le rongeait, une famille qui l'aimait et veillait sur lui.

     Mais à force de se raconter des mensonges, l'on finit par y croire. Noah s'enfonça de plus en plus dans son imaginaire, gommant tout le réel de sa vie. Son esprit avait de plus en plus de mal à revenir à la réalité, à quitter la jungle.

     Un soir, Noah revint au monde réel bien tardivement. La nuit était tombée depuis bien longtemps. Il frissonna à l'idée de ce qui l'attendait, et tête basse, il reprit le chemin de la maison. A l'intérieur, personne n'était inquiet pour lui, mais son père bouillait littéralement de rage. Ses frères et sœurs étaient au lit depuis des heures, de même que sa mère. Mais son père était bel et bien éveillé, et avait eu plus que son compte d'alcool.

     Le guettant par la fenêtre, il se rua dehors dès qu'il aperçut son fils. Noah n'eut le temps de rien dire, le patriarche de la famille était déjà sur lui, sa ceinture prête à donner des coups. La scène qui suivit fut courte mais terriblement douloureuse, le laissant les jambes en sang et les vêtements en lambeaux.

     La fureur de son père était retombée, et réalisant ce qu'il venait de faire, dessaoula complètement. L'air penaud, il ne s'excusa pas néanmoins, ce n'était pas dans ses habitudes. Il demanda à son fils de rentrer se coucher, mais Noah ne bougea pas. En larmes, l'enfant n'avait qu'un désir, retrouver Baloo et ses amis dans la jungle où il était si heureux. Il voulait rentrer chez lui. Dans la jungle.

     Alors Noah renonça à la réalité à tout jamais. Il se mit à courir vers les bois, n'entendant pas les cris de protestations de son père. A l'orée de sa jungle tant aimée, il enleva ses vêtements pour ne plus être qu'en slip, afin de ressembler encore plus à Mowgli. Bagheera et Baloo l'attendaient déjà.

Anne C