10e sujet : quelques textes d'auteurs

Comme le dit Grand Corps Malade dans l’une de ses chansons : « Le corps humain est un royaume où chaque organe veut être le roi », donc forcément, il arrive un moment où il y a conflit d’intérêts. Vous avez décidé de remettre un peu d’ordre dans tout cela en vous adressant à l’organe perturbateur. Écrivez un texte en optant pour l’une de ces deux méthodes : — Soit vous avez peur de déclencher sa colère et vous pesez chacun de vos mots en privilégiant la douceur et la compréhension pour ne pas froisser sa susceptibilité ; — Soit vous en avez vraiment assez et vous lui dites sans aucune retenue tout ce que vous avez sur le cœur. Aucune contrainte de longueur ni de style.

Mon bel organe me joue des tours,

Mon havre de paix, mon compagnon de toujours.

L’acte final approche, triple buse !

Un dernier pure malt on the rocks, puisque de toi  j’abuse.

 

Mon bel organe paré de pourpres habits,

Sans tes absences, mon monde serait exquis.

Vie mielleuse, pleine de tendresse et d’extase,

Le nectar coulerait à flots, sans emphase.

 

Mon bel organe vénéré à chacune de mes gorgées,

D’or, ma vie jusque-là entièrement teintée.

Ma vie contre un autre verre de Jack Honey !

De ce délice, tu ne peux à jamais me priver.

 

Mon bel organe, source de ma jaunisse,

Te voici gréviste après tant d’années de sévices.

Pourquoi m’ôter mon seul bonheur ?

Perclus de douleur par ton oisiveté de malheur.

 

Mon bel organe, je suis confus,

De part tant de douleurs, t’avoir presque perdu.

Te retrouver ou bien en finir !

Sans toi, de sevrage je mourrai en martyr.

 

Mon bel organe, de moi je te fais don,

Ne refuse pas mes soins, accorde-moi le pardon.

Endommagé par tant de goulées,

 

Régénéré par mon bon sens retrouvé.

Angélique G.

LE CORPS HUMAIN

 

Depuis quelques jours, je palpite. Je ne sais pas pour quelle raison je m'emballe spontanément au moindre coup de sang. Je vis au rythme d'une musique particulière représentée par des battements sourds et vibratoires. Je suis le roi d'une contrée bien complexe et pourtant si majestueuse. Je bats au cœur d’une forêt constituée  de petits arbustes bronchioliques, cernés par deux grosses mains de remparts osseux. Je suis fort bien protégé par des sujets grandement dévoués les uns pour les autres. L'entraide nous apporte la vie et mes organes l'ont bien compris. Dans mon royaume, personne ne trouve le repos et nous mettons tout en œuvre pour que l'âme vivante de ce corps que nous occupons et que nous maintenons en état de marche puisse être en mesure de mener une existence normale et en bonne santé. Nous communiquons beaucoup par messagerie soit neuronale, soit sanguine. Nous sommes bien conscients qu'il nous faut mener une entente des plus cordiales et des plus solidaires si nous voulons qu'au royaume du corps humain, tout puisse se passer comme dans le meilleur des mondes. Pourtant, il arrive que certains éléments décident de n'en faire qu'à leur tête. 

Ainsi, ce matin, je reçois des informations en trop grande quantité ; mes ventricules ne cessent de se contracter ; ils éjectent trop rapidement mes pauvres globules rouges qui se retrouvent à la hâte sur les routes encombrées de la circulation sanguine. Je voudrais comprendre pour quelle raison je me trouve tout à coup stressé et angoissé. Ma forêt Poumons en perd son souffle. Elle respire trop fort ; le vent qu'elle me renvoie  perturbe un métabolisme qui court à la catastrophe. Il me faut absolument questionner mon ami Cerveau, premier commandant de cette si grande armée , persuadé qu'il apportera une réponse rapide à cet état de fait. Jamais Cerveau ne me déçoit lorsqu’il est question de calmer une perturbation humaine passagère. Sa délibération, soutenue par Melle Hypophyse et son acolyte Hippocampe, conclut très vite à un mauvais tour de la part du papillon Thyroïde. Ainsi, je m'en doutais fort, notre gendarme Thyroïde voudrait-elle se faire remarquer ? Chercherait-elle à se venger d'un quelconque organe qui l'aurait menacé ou insulté ? Je décide aussitôt d'organiser une conférence inter-organique pour tenter de trouver une solution à ce signal d'alerte que j'ai reçu et qui a bien failli provoquer un malaise du joli sujet que nous habitons et que nous maintenons en vie grâce à notre parfaite coordination. J'envoie donc une convocation à notre papillon Thyroïde qui répond aussitôt en déchainant des vents violents et une respiration saccadée de la forêt Poumons entrainant des mouvements abdominaux incontrôlables.

C'en est trop. Il me faut absolument stopper ce cataclysme qui s'opère et qui va s'aggravant. A présent, voilà que ce corps que nous habitons semble perdre sa bonne humeur alors que Melle Hypohyse veillait jusque-là, à renvoyer des instructions bien précises à cette têtue de Thyroïde. Je suis bien conscient que le temps presse, qu'il nous faut agir très vite au risque d’assister à un déclin général des viscères de mon royaume. J’informe donc T3 et T4  qu’elles sont bien trop nombreuses et trop concentrées dans ce petit corps féminin qui n’a de cesse de pleurer depuis quelques jours. Le papillon Thyroïde s’est attaqué à Thymus et voilà qu’une hyperémotivité assaillit notre joli sujet. Ses yeux s’affaiblissent, gonflent inlassablement. En quelques jours, j’ai vu son visage subir une exophtalmie inexpliquée, son corps perdre du poids sans raison,  ses intestins se dilater douloureusement. Ses muscles flanchent au moindre effort. Voilà qu’elle cherche sa respiration, elle suffoque. Je me mets à taper très fort dans sa poitrine. Tous ensemble, nous l’obligeons à trouver une chaise pour s’asseoir et attendre que cette tempête cesse enfin. Je parviens difficilement à renvoyer les globules blancs et rouges confondus en éclaireurs vers papillon Thyroïde. Mais il semble être trop tard. Des anticorps auto immuns se sont emparés de Thyroïde. Ils la rongent, la déforment.  Ils lui infligent une fabrication d’hormones dans des quantités anormales. A proximité, la pomme d’Adam voudrait bien que ce vacarme cesse. Tel un feu d’artifice, les vésicules n’en finissent plus de projeter ces hormones thyroïdiennes qui envahissent le réseau sanguin. Les vaisseaux ne parviennent plus à assumer cette affluence d’iode demandée en permanence par papillon Thyroïde. Mais que se passe-t-il ? Melle Hypophyse serait-elle endormie ou impuissante pour stopper ce phénomène sécrétoire anormal ? D’ordinaire, Melle Hypophyse s’occupe de gérer la quantité d’hormones que papillon Thyroïde doit diffuser. Mais papillon Thyroïde, comme atteinte de folie,  semble ne plus recevoir ces informations depuis quelques jours.

Ainsi, je fais discrètement appel à mon ami Cerveau pour lui insuffler une idée de génie. Il faut envoyer notre royaume chez un spécialiste qui saura faire parler papillon Thyroïde et proposer des solutions pour remédier à ce perpétuel cataclysme…

 

Quelques jours plus tard, je reçois une information de Cerveau qui m’indique la présence d’un corps étranger franchissant le seuil de la gorge pour atteindre les cordes vocales. Un œil sous la forme d’une caméra avec lampe vient se poser dans les profondeurs du Larynx et nous observe quelques instants. Cerveau a donc réussi à convaincre notre âme de consulter un guérisseur pour Thyroïde. Papillon Thyroïde ressent soudain une pression, un palper du bout des doigts. Elle se laisse faire et s’abandonne à la chaleur d’une main étrangère et experte. Cerveau recueille alors les nouvelles du médecin spécialiste : Thyroïde est atteinte d’un dysfonctionnement. Elle fournit plus d’hormones qu’il n’en faut. Elle provoque, malgré elle, des perturbations organiques qui mettent notre royaume à feu et à sang. Ainsi, notre gendarme de régulation corporelle est atteinte d’une fatigue extrême. Je regrette soudain de n’avoir pas eu suffisamment de « cœur » pour comprendre la situation difficile dans laquelle notre papillon se trouve. Thyroïde n’agissait donc pas intentionnellement. Elle se trouvait sous l’influence d’un élément extérieur à notre royaume et qu’elle ne parvenait pas à éradiquer. Nous décidons de soutenir papillon Thyroïde dans son combat pour retrouver un aspect et un fonctionnement normaux. Cerveau l’encourage à accepter une visite scintigraphique pour parler de son mal-être. Dans quelques jours, notre royaume retrouvera la paix organique, viscérale et musculaire. Nous envoyons des messages de soutien à notre amie qui ne nous avait jamais trahie jusque-là. Je réalise soudain que sans papillon Thyroïde, notre royaume risquerait de basculer dans une sombre période de perturbations diverses et qu’il est donc nécessaire qu’elle recouvre la santé bien vite.

 

Enfin, le jour de la scintigraphie arrive et le diagnostic est posé. Cerveau nous fait savoir que papillon Thyroïde n’est pas en fin de vie ; elle nécessite un simple traitement hormonal qui va l’aider à réguler ses excès de sécrétion. Elle demeurera donc parmi nous et je me réjouis de pouvoir conserver notre gendarme dans l’effectif des organes de ce si joli corps. Jour après jour, papillon Thyroïde recevra donc une aide précieuse pour retrouver sa vitalité, sa bonne humeur et sa place parmi nous…

 

Quelques mois plus tard, tout est rentré dans l’ordre. Mon royaume est serein. Je reçois des informations de Cerveau qui m’indique que Melle Hypophyse contrôle bien papillon Thyroïde, que la circulation est fluide, la respiration silencieuse et le système digestif apaisé. Tous les organes semblent fonctionner normalement et reçoivent quotidiennement une dose convenable d’hormones que papillon Thyroïde leur délivre gentiment.  

 

 

La nuit tombe et Cerveau invite son corps à gagner le lit. Les reins forcent un petit passage aux toilettes avant le coucher. Enfin sereins, nous échangeons ensemble nos états d’âmes, nos ressentis organiques. Je m’apaise et ralentis mon rythme à l’état de veille. Les intestins commencent alors un ballet aérophagique post prandial qui vient nous bercer et nous indiquer un proche endormissement.. Les doigts tâtonnent sur une tablette à la recherche d’une musique douce pour permettre l’arrivée d’un sommeil chargé de rêves et de douceur. Les Yeux se ferment lorsque  Mmes Oreilles nous renvoient le son d’une mélodie connue de tous : « Le corps humain est un royaume où chaque organe veut être le roi ». Et Cerveau de lui répondre : « mais moi, je connais une contrée où la solidarité nous a sauvée ».

Sylvie S.

Migraine

 

     Monsieur le cerveau, quand, en fin de journée, je sens poindre un mal de tête, je sais que vous êtes contrarié, et que la douleur sera encore là le lendemain au réveil. La migraine. Cet état douloureux dans lequel vous me plongez, comme une vengeance sournoise, dont le motif m'échappe. Elle peut être provoquée par tout un tas de choses, mais sans que les médecins comprennent véritablement le pourquoi du comment. Et bien évidemment, aucun médicament n'est réellement efficace contre elle. Il faut juste attendre qu'elle passe, selon votre bon vouloir.

     Cet état, chez moi, dure rarement moins de deux jours, et jamais plus de trois. Mais la question que je me pose chaque fois est, "à quel point cela sera-t-il douloureux cette fois-ci ?" J'ai beau vous poser la question, vous maintenez toujours le silence radio. Vous aimez faire durer le suspens.

     Les premiers mois où j'en ai souffert, me laissaient en mode "vampire". C'est-à-dire, allongée sur mon lit dans le noir, sans rien faire. Mais avec le temps, je dois bien avouer que la douleur n'est plus aussi forte. Seriez-vous moins en colère ? Le mode vampire a laissé place au mode "zombie". Une grande fatigue, mais une douleur supportable, qui ne m'oblige pas à rester dans le noir, mais qui me fait fonctionner à deux à l'heure. Vous pouvez en effet, cher Monsieur le cerveau, affecter d'autres parties de mon être, avec votre mauvaise humeur. Cela suffit à prouver votre pouvoir.

     Si avec le temps, je me suis habituée à ces migraines que vous m'imposez, il est des fois où le ras le bol est de mise. Surtout quand la douleur est très forte. Dans ses cas-là, je vous maudis intérieurement. Mais la colère ne sert à rien, cela ne fait, au contraire qu'envenimer les choses. Vous êtes, il faut bien l'avouer, un peu susceptible.

     Mon cher cerveau, mon système nerveux me fait bien comprendre que vous n'êtes pas du tout satisfait de votre condition, seulement il n'est pas fichu de m'expliquer pourquoi. Il serait peut-être temps de me faire part de vos revendications. Je vous promets de faire au mieux pour vous combler, afin que nous puissions vivre à nouveau en harmonie tous ensemble.

     Seulement, vous devez m'aider un peu, car il m'est impossible de deviner la cause de votre trouble, et la douleur n'aide pas à réfléchir convenablement. Quel est le problème ? Pourquoi vous acharnez-vous régulièrement à me rendre la vie impossible ? S'il-vous-plaît, donnez-moi une réponse ! Ou cessez tout cela.

     En réfléchissant un peu, je comprends que si vous me faîtes moins souffrir qu'auparavant, c'est qu'un changement positif a été amorcé. Après avoir regardé un reportage à la télé sur la douleur, j'en viens à me demander si le changement en question n'est pas le sport. Depuis un certain temps, comme vous avez du vous en rendre compte, je m'efforce de pratiquer une activité physique régulière. Je pense que c'est grâce à cela que vous m'infligez une douleur moins importante.

 

     Néanmoins, le problème n'est pas réglé. Je ne sais d'ailleurs, toujours pas d'où il vient. J'espère que vous me donnerez bientôt une réponse, ou qu'un autre organe me la fournira peut-être. En attendant, je prie pour que la prochaine migraine n'arrive pas bientôt.

Anne C