Proposition d'écriture numéro 15 : je croyais... Voici quelques textes d'auteurs

     Quand j'étais petite, je croyais que les fantômes existaient. Aujourd'hui encore, contrairement au Père Noël, à la petite souris ou aux cloches de Pâques, cette croyance ne m'a jamais quittée. Enfant, je voulais croire à tout un tas de choses merveilleuses et extraordinaires, mais il n'y en a qu'une seule, que j'ai réellement vue.

     Un jour d'ennui mortel, je me glissai dans la maison déserte de ma tante, qui vivait juste à côté de chez nous. En quête de sensations fortes, je tirai tous les rideaux du salon, me retrouvant ainsi dans la pénombre. Difficile de me souvenir du véritable but que je recherchais alors, mais je ne tardai pas à être servie, niveau frayeur.

     J'étais assise sur le bras du canapé, et j'observais tout autour de moi. Croyais-je vraiment que j'allais voir un revenant ? Sans doute pas. Et pourtant, quelque chose attira indéniablement mon attention sur la double porte vitrée du salon, donnant sur le couloir et la porte d'entrée. Je vis une silhouette blanche passer, mais sans pouvoir l'identifier vraiment à cause des carreaux déformant. Je fus saisie de stupeur et de peur. Je m'attendais à tout moment à voir la silhouette fantomatique arriver sur moi par la cuisine, mais rien.

     J'ouvris alors les rideaux, regrettant ce petit jeu idiot, et pris mon courage à deux mains pour me rendre dans la cuisine puis dans le couloir. Il n'y avait rien ni personne. La porte d'entrée était bien verrouillée, et le reste de la maison était toujours vide. Cette expérience acheva de me convaincre que les fantômes existaient.

     Bien entendu, en grandissant et avec le recul, j'aurais pu penser que mon imagination m'avait joué des tours ce jour-là. Cela m'était déjà arrivé, après tout. Mais pourtant, je restai toujours persuadée que ce que j'avais vu avait été bel et bien réel.

     Cette croyance avait fait de moi une personne à l'esprit ouvert, sans que je sois pour autant crédule, du moins je l'espérais. Je pensais également que cela m'avait permis de conserver mon imagination d'enfant, nourrissant ainsi mes écrits au quotidien.

     Durant mon enfance, et même une partie de mon adolescence, je ne croyais pas juste aux esprits, mais au surnaturel en général. Ou plutôt, je voulais y croire. Pour donner un peu de magie et de mystère à la vie sans doute. J'avais même fini par entraîner mes amis dans cet univers. Nous aimions alors nous faire peur en invoquant des esprits à la lumière d'une bougie.

     Mais tout a une fin. Un jour, nous avons cessé ces jeux pour revenir à une réalité plus terre à terre. Néanmoins, je n'ai pas renoncé complètement à croire à ces choses-là. Dans ma vie d'adulte, il m'est arrivé une fois d'être confrontée à un phénomène étrange, et comme je n'y ai pas assistée seule, je sais que je ne l'ai pas imaginé.

     C'était le jour de noël. Nous avions passé le réveillon chez de la famille, et avions dormi sur place. A notre retour, ma mère et moi, nous avions senti une odeur particulière, qui nous rappela aussitôt mon défunt grand-père, mort quelques mois plus tôt. Nous nous regardâmes alors, et nous comprîmes la même chose. C'était un au revoir. L'odeur partit. Mon grand-père aussi. Nous sûmes qu'il reposait en paix.

 

     Peu m'importe que l'on me croit trop imaginative. Mon imagination est précieuse, et je la chérirai tout au long de ma vie. Quant à mon étrange croyance, elle est probablement ma source d'inspiration, mais aussi une forme de réconfort. Qui a envie de croire qu'il n'y a rien après la mort, si ce n'est le vide et le néant ? Pas moi.

Anne C.

LES CROYANCES

 

Les croyances... Quelles douces et folles manipulations que ces fausses idées instillées insidieusement par nos parents, en qui l'on croit, tout au long d'une enfance dorée et bercée de légendes abracadabrantes. Je suis issue d'une fratrie de trois filles et me trouve sur la seconde marche du podium. J'ai vu le jour un matin de janvier alors que ma sœur aînée avoisinait ses deux ans et demi de vie et j’ignorais que ma dernière sœur viendrait à nous quelques années plus tard. Quelle belle inconscience que cette naissance et cette rencontre avec l'univers. Mon enfance, somme toute banale, mais sucrée de doux souvenirs, fut, elle aussi, comme celle de millions d'autres enfants, pimentée de multiples croyances conscientes ou non et que j'allais découvrir au fil de mon existence, de mon évolution. Je n'ai pas échappé, une fois l'an, à cette joie de rencontrer l'homme en rouge à la barbe blanche. Il n'était pas une nuit de Noël sans que j'eus tenté de déceler le mystère qui tournait autour de l’étrange histoire d'un traîneau chargé de cadeaux livrés par le conduit d'une cheminée. Je sentais bien que mes parents ne me racontaient pas tout. Ils mentaient déjà. Cette insouciance enfantine dura cependant quelques années. A pâques, je fermais les yeux et imaginais très facilement d'énormes cloches dorées, suspendues dans le ciel qui, au fur et à mesure de leurs mouvements balanciers, libéraient une douce musique ponctuée de chocolats en quantités considérables. Il suffisait de courir dans tous les sens, au bout d'un jardin printanier, quelquefois sous la pluie, mais qu'importe, les chocolats tombaient du ciel et c'était merveilleux !

Plus tard, aux portes de ma toute jeune enfance, je côtoyais régulièrement mon amie souris mais je ne parvenais jamais à la rencontrer. Elle déposait simplement au creux d'un doux et chaleureux oreiller, une merveilleuse récompense : une pièce de monnaie, en échange d'une dent tombée ou arrachée grâce à la participation complice d'un paternel bienveillant. Et puis, à l'orée de nuits enfantines et prometteuses de doux rêves, se pouvait-il que le marchand de sable eut été présent ? Lentement, les contes de fées sont entrés dans mes songes. J'étais impatiente de soulever le mystère de l'apprentissage des mots qui m'étaient lus chaque soir, au coucher, avant que ce marchand de sable n'ait agi de ses pouvoirs. Je me laissais guider au fil des mots, j'écoutais ces phrases affectueusement chuchotées par ma mère et je chérissais ces moments de bonheur qui suspendaient le temps, blottie contre la douceur maternelle. C'est alors que mon corps tout entier se trouvait poussé par une force inconnue et je voyageais vers de lointains horizons chevauchant une licorne, enlaçant mon prince charmant en route vers un château de princesse perché sur une colline magique. Je m'endormais avec des images féériques couronnées de perles et de diamants. Longtemps, j'ai cru que la maison de pain d'épices existait, que chaque nuit, en partant à sa rencontre, je croquais à pleine dents dans ce gros biscuit aux saveurs nacrées et qu’il se reconstituait tout aussitôt. Je nageais dans l'euphorie d'une réelle douceur entourée de sucreries aux milles couleurs…

Hélas, le temps est venu anéantir toutes les jolies croyances auxquelles nos parents nous laissaient adhérer sans scrupule et l'adulte en devenir découvrait peu à peu, tout doucement, que le père noël n'existait pas, que la souris n'avait jamais déposé la moindre pièce sous nos oreillers ou même que le marchand de sable n'était que poudre aux yeux. Les souvenirs reviennent en ma mémoire et alors que j'abordais ma dizaine d'années, j'allais de découvertes en découvertes pour, effectivement, et de façon logique, me dire qu'il n'était pas possible d'imaginer un vieil homme, vêtu de rouge, effectuer un tournoiement céleste le soir de noël et tenter de passer au travers de tous les conduits de cheminée du monde entier en une seule nuit. Il fallait bien me rendre à l'évidence : mes parents étaient des imposteurs. Ainsi, j'atteignais les  douloureux rivages du sens de la réalité. Je quittais progressivement un monde d'insouciance pour plonger inconsciemment et presque malgré moi dans un univers aux saveurs plus acidulées. 

C’est bien plus tard, à l'âge adulte, que je  me suis trouvée confrontée à la difficile réalité de la vie et cette question posée sur mes croyances, celles qui ont finalement contribué à ce que je suis aujourd'hui. J'ai rêvé d'une vie parfaite, de l’existence de Peter Pan, de Merlin et du légendaire roi Arthur. J'ai souvent imaginé que le monde de mon enfance puisse perdurer. J'ai tenté de le transmettre à mes enfants. Mais dans nos croyances, outre l'idée que les contes de fées ne sont qu'imagination et  illusion, n'existe-t-il pas, caché derrière ces rêves, l'espoir d'une réalité ? En y réfléchissant, ne peut-on pas imaginer facilement que ces mensonges inventés de tous temps par des parents attentionnés, auront été  bien utiles pour se construire et, tout comme blanche neige, passer de l’état de plomb à cette merveilleuse alchimie dorée qu'est l'accomplissement de la vie ?

 

Ainsi, j’ai traversé en douceur une enfance paisible emplie de mille rêves de petite fille que j’ai quelquefois réussis à transformer en une belle réalité. Mais, à mi-chemin de vie, et atteignant un âge mûr et serein, des vérités cruelles s’imposent à moi. Je cherche, je tâtonne, je me demande qui je suis dans ce si grand néant. J’imagine facilement que toutes ces croyances illusoires ont représenté une étape, un passage obligatoire à l’aboutissement d’une existence. Et puis, au détour d’une rencontre improbable, après de longs moments de discussion, je réalise que j’ai inconsciemment évolué avec d’autres croyances bien plus sournoises. Je fais soudain le triste constat moral que nos parents, malgré eux, nous transmettent des valeurs ancestrales, des idées préconçues qui vont souvent influencer notre manière d’agir. Aujourd’hui, je me rends compte que j’ai peur. Peur de vivre, peur de prendre des risques, peur de tomber. J’ai grandi au sein d’une famille ouvrière modeste et j’ai côtoyé cette croyance  tel un traitement au long cours avec des parents courageux, en quête permanente d’une sécurité financière, sans prise de risque et pour maintenir un foyer fragile à l’abri du déclin. J’ai absorbé les moments difficiles où l’argent se raréfiait, où les gens de cette génération désiraient à tout prix acquérir un bien et subissaient un endettement à vie qui, forcément, engendrait maintes disputes à l’orée de fins de mois qui s’annonçaient difficiles. J’ai toujours tenté de fuir ces discussions hostiles mais les blessures enfantines ne se referment jamais et l’on grandit en se promettant que l’on changera les choses. Inconsciemment et au plus profond de mon âme, j’ai conservé ces valeurs de prudence, de sécurités à atteindre à tout prix pour gagner les rivages de la tranquillité. Le rôle de parents n’est pas aisé. Aujourd’hui, je suis moi-même mère de deux jeunes filles et je me demande souvent quelles valeurs j’ai pu leur transmettre. J’ai tenté de défragmenter mon disque cérébral à la recherche de nouvelles croyances, d’un nouveau mode de vie. J’ai accompli la promesse d’adopter une belle philosophie, celle de la pensée positive, de l’apprentissage du bonheur, celle de l’aventure pour une brillante destinée. J’ai effectué mille lectures pour parvenir à ce projet difficile et aujourd’hui, malgré les doutes que je tente d’abolir, malgré cette lutte permanente contre de vieux démons,  je peux affirmer qu’une seule croyance doit subsister : l’idée que chacun d’entre nous doit croire en la vie, en soi, et surtout se lever chaque matin, le sourire aux lèvres, pour apprendre à cultiver cette jolie plante qu’est le bonheur de l’instant présent et la pleine conscience du moment…

Sylvie S.

Blog de Camille, bienvenue.

 

Le 4 avril 2016,

35 ans et 2 jours.

Réflexion du jour : Les filles sont-elles des poupées en porcelaine réincarnées ?

 

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mes chers lecteurs, mais moi, petite, je croyais que les filles étaient des poupées réincarnées en humaines.                                                                                                 

Poupées : petites choses fragiles et présomptueuses, bon aussi parfois un peu crédules, voire carrément stupides. Les filles trop « fille », m’ont toujours foutu le cafard. C’était un peu confus dans ma tête de gamine, car bien souvent je me disais que le problème était peut-être ma façon à moi d’observer, d’aimer ou d’être. Mes goûts semblaient singuliers et mes aptitudes questionnées par la majorité des copines. Elles me demandaient toujours : « Pourquoi tu joues au foot alors que tu pourrais être pom-pom girl ? » Incompréhensible pour moi ; l’idée de vouloir être un poteau qui à l’occasion d’une superbe action d’un des copains, agite ses bras et ses guiboles de manière totalement désorganisée. Voici une preuve de ce lourd passé « poupéen ». Surtout quand Tony le gardien, parfois par inadvertance, dégommait un de nos légumes supporter qui finissait à terre malgré les avertissements de la maîtresse répétant sans cesse de se tenir à l’écart du terrain. Bref, être figurine semble plaire à la fille. Je me demande ce que devient Tony le gardien. Si jamais quelqu’un connaît Tony Almeida de Mantes-la-Jolie, je vous remercie de me contacter en privé.

Revenons au sujet du jour :

Petite donc, je pensais que j’avais une âme de garçon à l’intérieur, que la nature farceuse m’avait fait une nouvelle blague (en plus de celle de me faire naître un 1er avril). Je détestais les filles et elles me le rendaient bien. Toutes leurs activités me débéquetaient et je n’étais de toute façon jamais conviée. Je me souviens de ce fichu jeu de l’élastique que j’observais de loin, adulé par les gamines, qui bien souvent entrainait des chutes assez spectaculaires et faisait mordre la poussière aux sauterelles. Compliqué de faire la fille, moi on ne m’a jamais priée d’essayer.

Bien qu’étoffée au fur et à mesure des années en dehors de la cour de récré, cette idée que les « filles poupées » deviennent des « femmes poupées », et ce, de génération en génération est encore bien ancrée en moi et me rend bavarde. J’ai des dizaines et des dizaines d’exemples dans mon entourage.                           Est-ce idem de votre côté, chers amis de la toile ?                                                                                

Il n’y a qu’à regarder Mariette C. (la seule fille qui m’ait tolérée et avec qui j’ai fait toutes mes classes) et sa mère. Mariette est une poupée, sa mère est carrément un poupon et sa sœur, une vraie Barbie.            

Je n’ai jamais pu encadrer cette passion pour le rose, pour les coiffures, le vernis ou encore les cancans. Impossible de confier quoi que ce soit aux filles sans s’attendre à voir se répandre son secret à des kilomètres à la ronde ! Eh leur moue dès que l’on n’approuve pas béatement leurs idées ! Comment les garçons peuvent-ils être séduits par les poupées boudeuses ? Cela n’a rien de mignon, c’est juste pathétique non ?                         Bref, mon manque de point commun avec mes semblables m’a toujours apporté plein de copains pour débattre sur ce sujet de l’attraction. Mariette C. pour une raison totalement inconnue est la seule poupée qui m’ait toujours collé aux baskets. Mariette avait parfois un caractère insupportable, de par sa facilité à se laisser aller à ses humeurs et ses caprices sous peine de se penser dans son bon droit.

Tu es tellement merveilleuse qu’on doit forcément te supporter, c’est ça ?

Enfant, c’est Jean de la Fontaine et Mariette C. qui ont conforté mon petit moi intérieur sur le fait que mes interrogations n’étaient peut-être pas totalement infondées.

Les filles : des poupées en porcelaine

Je suis passionnée par les fables de la Fontaine, d’aussi loin que je m’en souvienne, je ne m’endormais pas sans qu’on m’en lise au moins une en me bordant dans mon petit lit. Gamine, j’en saisissais les images de base. Elles m’ont accompagnée tout au long de mon enfance et continuent à le faire aujourd’hui. En grandissant, chaque relecture apportait des éléments nouveaux. Insatiable, je découvrais des vérités et des secrets de temps en temps. Encore aujourd’hui, je poursuis mes lectures en me disant que je n’en saisis pas bien toutes les teintes, tous les fondements et toutes les choses qui se cachent derrière les choses. Elles représentent des petites fenêtres sur un monde parfois trop étriqué. (Phrase empruntée au blog de Paskal sur sa réflexion concernant : L’homme et la mère.) Mais, je m’éloigne du sujet.

En vérité, ma croyance dans le fait que « la fille » est un paon passif à tendance nombriliste est vraiment née en CM1 avec l’arrivée de Patrick. Patrick, personne ne le trouvait beau, sauf moi évidemment. Il semblait plus sensible et plus intelligent que les autres. Son talent pour le dessin était sans limites et sa voie enchanteresse. J’étais la seule à le trouver sublime quand tout le monde se moquait de son nez trop grand ou de ses vêtements trop petits. Qu’importait son nez quand ses mains se faisaient magiciennes ? Qu’importaient ses cheveux roux quand sa voix de castrat emplissait la classe lorsqu’il récitait la leçon du jour ? Il était beau, elles étaient abêties. Toutes les autres filles de notre classe préféraient Pierre, le lourdaud qui détenait deux records : celui de beauté extérieure et celui de stupidité. Nous étudiions la fable que j’avais choisie : « La fille » de Jean de La Fontaine (chaque semaine, un élève pouvait choisir un texte parmi les propositions de la maîtresse) et ce jour-là, c’était mon amoureux avec sa voix de velours qui était de corvée de récitation :

 « Certaine fille, un peu trop fière
Prétendait trouver un mari
Jeune, bien fait et beau, d’agréable manière,
Point froid et point jaloux : notez ces deux points-ci. »

En gros, depuis mon CM1 (avec l’aide de maman pour être certaine de bien comprendre, il faut bien l’avouer), voici ce que je me dis : une fille, ça se prend pour une princesse qui veut un amoureux : jeune, beau, élégant, nounours, mais pas trop « guimauvé ». On peut aussi entendre : la fille banale a un ego surdimensionné et des désirs de contes de fées. Mariette C., présente dans la salle de classe tout devant à gauche, ni jolie ni laide, ni intelligente ni stupide rêvait comme bien d’autres à un Brad Pitt doublé d’un Einstein. Elle ne se demandait évidemment pas si Brad Einstein aurait pu être intéressé par elle, cela semblait être une évidence à ses yeux. Égocentrisme de la princesse, à noter. Et ce jour-là, ça a vraiment percuté ! Mes pensées informes depuis petite ont été clarifiées pendant cette lecture ; d’une, car Jean de la Fontaine n’a pas semblé être compris par la moitié de la classe (féminine), et de deux, car toutes les filles de la classe (sauf moi) rigolaient, chuchotaient et se moquaient de Richard. Insupportable, surtout Mariette C. qui lui balançait du papier mâché dans les bouclettes.

Richard avait cependant continué, rouge comme une pivoine à nous en mettre une couche :

« Cette fille voulait aussi
Qu’il eût du bien, de la naissance,
De l’esprit, enfin tout. »

Sacré Mariette C. qui voulait que son amoureux soit beau, gentil, mais uniquement pour ses beaux yeux et muni d’un vélo. J’oubliais des critères à valeur ajoutée à ses yeux : il fallait qu’il ait de beaux vêtements aussi et un beau cartable. Bon, dans la fable il est dit qu’elle voulait qu’il ait de l’esprit, mais c’est là ou je ne suis pas réellement d’accord avec Monsieur de La Fontaine. L’esprit, les filles n’en font pas toujours preuve quant à leurs propres désirs alors quant à l’attendre des autres...

« Mais qui peut tout avoir ? » s’égosillait un Richard cramoisi.

Richard dévisageait les plus méchantes filles de la classe et commençait à cracher son venin haut et fort :

« Le Destin se montra soigneux de la pourvoir :
Il vint des partis d’importance.
La belle les trouva trop chétifs de moitié :
« Quoi ! moi ? quoi ! ces gens-là ? l’on radote, je pense.
À moi les proposer ! hélas ! ils font pitié :
Voyez un peu la belle espèce ! »
L’un n’avait en l’esprit nulle délicatesse ;
L’autre avait le nez fait de cette façon-là :
C’était ceci, c’était cela ;
C’était tout ; car les précieuses
Font dessus tout les dédaigneuses. »

Le drame de mon adolescence, mes chers internautes, fût d’accepter que mon Richard était fou amoureux de Mariette C. Au moment de cette récitation, c’était déjà le cas et cette passion ne l’a jamais quitté. La jalousie avait empoisonné mon cœur, car il aimait la fille qui le détestait le plus et semblait ne pas me voir, moi qui l’adorais. Évidemment Mariette C. avait ri au long nez de Richard qui se morfondait après chaque tentative infructueuse de rapprochement. Il y avait aussi eu Lou le poissonnier qui avait fait la cour à la poupée, un peu brut de décoffrage, mais d’une fidélité remarquable et d’une douceur infinie. Lui aussi avait été recalé froidement. Je me souviens de Pierre, jugé trop petit et qui avait reçu la lettre « F ». Pierre était pourtant un homme d’une imagination et d’un optimisme à toute épreuve. Adam avait aussi été reconduit, pas assez sûr de lui alors qu’il n’avait besoin que d’une main dans la sienne pour se dévoiler. Yvan : déclaré trop séducteur et pourtant, c’était simplement sa façon à lui de dépasser son manque de confiance en lui. Et tant d’autres se sont brisés contre la princesse de glace ! Aucun d’eux ne correspondait à Brad Einstein et d’une adolescence qui aurait dû être source de découvertes, des premières amours et d’expériences, il n’en fût rien. Mariette C. a vécu une adolescence étouffée, prisonnière dans une bulle d’idéaux. Elle me disait toujours : « je reste disponible pour quand le bon arrivera, même si certains me plaisent à 99 %, je pense pouvoir trouver la perle rare ».

Pour être rare, il faisait même apparemment partie d’une espèce en voie d’extinction son Brad Einstein.

J’entends encore comme si j’y étais, Cyrano réciter :

« Après les bons partis, les médiocres gens
Vinrent se mettre sur les rangs.
Elle de se moquer. « Ah ! vraiment je suis bonne
De leur ouvrir la porte ! Ils pensent que je suis
Fort en peine de ma personne :
Grâce à Dieu, je passe les nuits
Sans chagrin, quoique en solitude. »

Passée la vingtaine, Mariette commençait à devenir amère. Elle passait son temps à se moquer de mes relations ratées, à critiquer mes choix et à sourire de mes blessures et de mes multiples cœurs brisés. Elle a même rigolé, le jour où j’ai annoncé mes fiançailles. Elle disait que comme pour moi, seuls les rabais venaient à elle, les soldes, les rebuts, les abats comme elle les désignaient. Elle se révoltait toujours en monologuant à voix haute : « mais comment peuvent-ils penser avoir une chance avec moi ? Franchement c’est vexant ». Elle dissimulait son angoisse du temps qui passe et sa jalousie vis-à-vis de ses copines derrière sa phrase fétiche : mieux vaut être seule que mal accompagnée. Pourtant cette solitude pour quelqu’un qui dit s’en foutre, on en a bouffé.

Si seulement tu avais bien écouté Richard, Mariette C :

« La belle se sut gré de tous ces sentiments.
L’âge la fit déchoir : adieu tous les amants.
Un an se passe, et deux, avec inquiétude :
Le chagrin vient ensuite ; elle sent chaque jour
Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l’Amour ;
Puis ses traits choquer et déplaire ;
Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire
Qu’elle échappât au Temps, cet insigne larron.
Les ruines d’une maison
Se peuvent réparer : que n’est cet avantage
Pour les ruines du visage !
Sa préciosité changea lors de langage.
Son miroir lui disait : « Prenez vite un mari. »
Je ne sais quel désir le lui disait aussi :
Le désir peut loger chez une précieuse.
Celle-ci fit un choix qu’on n’aurait jamais cru,
Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse
De rencontrer un malotru. »

Trentenaire, Mariette C. ne voit plus d’intrépides au balcon. Sans doute, en ont-ils eu marre de toujours se fracasser contre les murs. Les célibataires se font de plus en plus rares dans son entourage, des mariages ont lieu chaque été, des bébés se pointent et personne ne lui présente plus personne. Mariette a son horloge biologique qui crie au scandale et son portefeuille rachitique pour cause d’achats intensifs de crèmes anti rides. Finie la surqualification, fini le tri sur le volet, elle aimerait juste avoir au moins une prise dans son panier. Speed dating, essais à transformer coute que coute, petites annonces, tout y passe. Mariette s’en fout de l’âme sœur, elle veut juste quelqu’un pour combler son absence d’idéal. La poupée sonne à la porte de son voisin pour demander du sucre dont elle n’a que faire, elle s’incruste à des soirées avec des gens qu’elle a longtemps méprisés. Elle se sent soldée. Elle finira peut-être enfin par voir avec le cœur le beau Richard que je n’ai jamais pu avoir et enfin se décider à en faire son mari, son amant, son ami pour commencer à vivre. Richard ne l’abandonnera jamais, il sait qu’elle finira par voir.

L’avantage d’être une poupée en porcelaine, c’est qu’on peut toujours recoller les morceaux.

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Commentaires : 1
  • #1

    Cristen Vandermark (vendredi, 03 février 2017 17:18)


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