Proposition numéro 3 : les phrases groupées — Voici le texte de quelques-uns des auteurs

« Loriane s'accroupit, plongea son visage dans ses deux mains et se pinça le nez en fermant les yeux. Elle venait de faire une chute vertigineuse et se retrouvait à présent plusieurs mètres sous terre. Cette descente soudaine avait duré une éternité. A ce moment précis, elle se félicitait d'avoir développé - avec un exercice physique régulier - une résistance à la douleur et une meilleure gestion à l'effort pour se sortir de cette mauvaise impasse avec succès. Elle détacha lentement les mains de son visage, ouvrit les yeux, lâcha son nez et sentit alors cette odeur apparentée à de la  moisissure qui lui rappelait celle d'un vieux camembert oublié sur le coin d'une table. Elle n'avait que l'odeur comme indicateur sensoriel car elle se trouvait plongée dans l'obscurité la plus totale. A présent, elle percevait les cris de ses collaborateurs, en échos très lointains au-dessus d'elle. Elle rassura aussitôt son équipe qui allait tenter de la remonter rapidement. Loriane était une jeune archéologue qui venait de décrocher, pour sa toute première mission, un poste au sein de l'équipe du Pr BOUTAIN. Edward BOUTAIN avait repéré les compétences de Loriane depuis fort longtemps et, lors d'une conférence sur la civilisation Maya, ils échangèrent leurs opinions sur ce sujet qui, manifestement les passionnaient depuis toujours. C'est donc tout naturellement qu'ils décidèrent de collaborer et d'organiser des fouilles sous le temple de la croix de Palenque autour de la tombe royale de K'inich Janaab'Pakal I. Loriane  éprouvait un profond respect pour Edward. Il ne le savait pas mais, depuis le début de ses études, elle assistait à toutes les conférences qu'il donnait sur la civilisation Maya. Aujourd'hui, et après toutes ces années de formation, son rêve devenait réalité : elle allait partir à l'aventure avec cet éminent personnage. L'intuition d'Edward n'avait jamais défailli et il se félicitait, pour cette dernière mission, d'avoir choisi la jeune diplômée qui lui rappelait son unique fille décédée 5 ans auparavant et  qui aurait eu son âge aujourd'hui. Leur collaboration s'était établie très vite, comme un dialogue sans parole, comme une telle évidence et avec cette impression presque surnaturelle de s'être toujours connus.  Edward était admirable dans son approche du terrain, ses suppositions historiques, géographiques et Loriane se sentait gagner en expérience de jour en jour aux côtés de ce doyen  aux valeurs humaines inestimables. Peu à peu, les moments partagés sur le terrain, les discussions professionnelles animées, ces longs mois de complicité progressive, avaient rendu Loriane et Edward inséparables. Ensemble, ils étayaient ce site réputé et épargné par les multiples pillages. Leur recherche était loin d'être orientée sur celle d'ossements de diplodocus, s'amusait à dire Loriane, mais ils ne se doutaient pas de ce qu'il allait advenir lorsqu'elle fit cette chute et qu'elle se vit atterrir dans une galerie. A ce stade du récit, elle tendait l'oreille vers le haut en essayant de suivre ce qu'il s'y passait et les moyens qui étaient mis en œuvre pour la remonter. Elle réfléchit un instant et se dit tout de même qu'elle ne pourrait certainement pas tomber plus bas... Bien mal lui prit, elle sentit que le pseudo-sol sur lequel elle était recroquevillée ne tarderait pas à se dérober. Alors, au lieu de cordages et de poulies, elle cria à Edward de lui envoyer du matériel d'éclairage pour tirer bénéfice de cette immobilisation forcée en explorant les lieux. Et qu'elle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle alluma la lampe tant attendue : elle avait devant elle un véritable vestige de ce qui devait  probablement être une grande ville avec des pavés à perte de vue, de telles ruines qui laissaient imaginer de somptueuses réalisations artisanales et presque aussi pointues en architecture que celles que l'on connaît aujourd'hui. Elle se laissa glisser pour se trouver en position debout et elle fit silence devant ce spectacle inouï. Ebahie, elle fut secouée d'une émotion telle qu'elle n'en retint pas ses larmes. Elle sourit. A cet instant, le temps venait d'arrêter sa course. Elle restait contemplative et ivre d’un bonheur qui la submergeait. Sa découverte allait-elle révolutionner les avancées sur cette civilisation pourtant si connue à l'heure actuelle ? Là-haut, Edward, inquiet de ce trop long silence, ramena Loriane à la réalité en lui ordonnant de remonter  à la surface sans tarder, la tombée de la nuit se faisant ressentir. A regret, Loriane attrapa la corde qui lui était tendue et se laissa  hisser à force de mousquetons  jusqu'à atteindre la lumière du  soleil couchant. Plus tard, l'on sabra le champagne pour fêter cette découverte fortuite et il était évident que les vraies fouilles commenceraient réellement le lendemain avec l'exploration de la ville souterraine. Edward restait persuadé que le sous sol maya se montrerait riche de révélations...

Cette nuit-là, il dormit très peu. Tel le trac qu'éprouve l'artiste en foulant les planches d'une scène, son cœur battait la chamade à l'idée de descendre dans la galerie. Malgré le descriptif très précis que Loriane lui avait fait de la ville souterraine,  il trépigna tout de même d'impatience jusqu'au lever du jour.

Une fois le site sécurisé, l'équipe se mit à pied d’œuvre et plusieurs jours, plusieurs semaines s'écoulèrent sans voir poindre le moindre rebondissement archéologique...

Ce matin là, après 3 mois d'acharnement intuitif, ils firent une découverte qui allait apporter une pierre à l'édifice de l'empire maya. Enfoui très profondément, un coffre, orné de 7 gravures, constitué certainement de 7 métaux précieux,  renfermait un manuscrit relié d'un cuir pourpre fort épais, cousu de  main d'homme. Il avait traversé le temps et son état n'était absolument pas altéré. Loriane, délicatement, retira le « grall » de sa protection de métal : Edward savourait ce moment unique de « la découverte », le résultat d'un trimestre de travail de fourmis tellement bien récompensé !!! Ensemble, ils déposèrent le codex au sol et constatèrent, stupéfaits, que toutes les feuilles étaient gravées d'or fin. Ils savaient que les mayas utilisaient plutôt des peaux de daim pour leurs écritures. Que pouvait donc signifier ce manuscrit très particulier puisque constitué de feuilles d'or ?

Les hypothèses furent nombreuses, les recherches très longues sans qu'Edward et Loriane ne parvinrent réellement à percer le mystère...

Le semestre venait de s'écouler et avec lui la fin du contrat établi entre Edward et Loriane. Il était convenu que la jeune archéologue terminerait cette mission sans son collègue, attendu sur Paris pour d'autres projets. La séparation fut difficile. De retour de l'aéroport, Loriane erra un moment, essayant de combler le vide qu'Edward venait de laisser. Le cœur gros, le regard lointain, elle laissa aller ses larmes. Cette collaboration, alors qu'elle démarrait sa carrière, lui avait permis de grandir dans la profession. Elle réalisait qu'elle venait de vivre une formidable aventure humaine et tous deux avaient tissé des liens presque familiaux, profonds et authentiques.

Deux années s'écoulèrent et Loriane effectuait toujours des fouilles de la ville souterraine. Ce matin là, elle reçut un courrier de Paris. Elle attendait des nouvelles d'Edward dont le portable ne répondait pas depuis quelques jours. La lettre d'un notaire...Machinalement, elle porta la main  à sa bouche, serra les mâchoires et sentit, là, au fond de son cœur, une douleur d'une telle intensité qu'elle ne put s'empêcher de gémir. Le visage humide, elle ne parvenait plus à lire le contenu de ce funeste courrier. Edward n'était plus...Il se savait malade, raison pour laquelle il  avait honoré le contrat sur un seul semestre sans que nul ne soit avisé de ce lourd secret. En outre, Il avait décidé de léguer sa fortune à Loriane. Il fallait qu'elle regagne Paris, qu'elle puisse le voir une dernière fois avant la mise en bière. Les funérailles étaient déjà programmées et elle prit le premier avion du jour en partance pour la capitale. De retour en France, elle se rendit auprès de son ami et cher Maître. Elle réalisait qu'elle avait vécu avec Edward une expérience hors du commun, une histoire vibrante de bonheur et cette découverte qui provoquerait maints pamphlets fréquemment subis par Edward. Mais qu'importe, il l'avait laissée seule face aux critiques bonnes ou mauvaises, il l'avait abandonnée...

Au sortir de la chambre funéraire, le notaire d'Edward lui remit une lettre cachetée et signée de la main de son ami. Elle ressentit le besoin de se retrouver seule, de s'asseoir à la terrasse d'un café, à l'abri des regards pour boire et apprécier chaque mot, chaque souffle de l'écrit qu'Edward lui avait destiné. Elle décacheta délicatement l'enveloppe et déplia tristement la lettre :

Lo,

Au moment où cette lettre sera dans tes mains, c'est que je ne serai plus. Lorsque le destin nous a réunis, j'ai tout de suite senti que nous allions vivre une grande aventure. Non pas de celle que l'on voit dans les films, non pas une histoire d'amour entre un homme et une femme mais une histoire : la notre, la tienne. Un semestre m'aura suffi pour être convaincu de tes compétences, de ce qui se trouve au plus profond de ton âme. Il y a quelques années, mon épouse me fit le plus cadeau qu'un homme puisse espérer : une petite fille, mon enfant, ma douceur...Ester aurait eu ton âge, elle aurait peut être étudié l'archéologie et elle aurait été toute ma fierté. Elle était belle, brillante et un avenir prometteur s'ouvrait à elle. Elle souriait à la vie mais elle y succomba un soir de décembre...Existe-t-il, en ce bas monde, pire chose que la perte d'un être cher, d'un enfant si jeune ? Ma colère fut telle que seul mon acharnement au travail me permettait de combattre ce mal incurable, cette douleur inaltérable. Et puis, le destin m'a accordé une faveur : toi.  Notre amitié a été une véritable thérapie. Peu à peu, j'apprenais à apprivoiser ma douleur, à l'atténuer.  Je retrouvais les réflexes de la bienveillance, l'envie d'aller vers l'autre. Tu as été ma réconciliation avec un quotidien que je voyais de jour en jour meilleur. La suite, tu la connais et je crois te l'avoir dit un jour : tu es ma fille, celle du cœur, celle que l'on croise au détour d'un chemin et que l'on ne quitte plus. Il est important que tu continues ta mission sous Palenque, que tu mettes au grand jour le résultat de tes recherches et surtout la signification de ce mystérieux codex. J'ai la ferme conviction qu'il renferme un témoignage probant du passé et je me félicite que ta carrière d'archéologue ait pu démarrer sur ta passion première qu'est la mystérieuse civilisation maya.

Mais promets moi de ne pas pleurer car la vie est belle et je veux te voir sourire, même de là-haut. La mort n'est pas une fin et nous ne devons rien regretter pour quitter cette terre l'âme en paix....A présent, presse-toi, au risque de rater notre dernier rendez-vous...

Avec tout mon amour, n'oublie jamais qui tu es, qui nous sommes...

Edward.

Elle régla l'addition et gagna le cimetière où la cérémonie funeste venait de commencer. Elle s'efforçait de sourire pour ne pas défaillir. Les mots d'Edward tourbillonnaient dans sa mémoire. Elle n'avait pas connu son géniteur et aujourd'hui, elle était orpheline pour la première fois. C'était un père, un ami, un confident précieux qui s'en allait. Tous étaient venus lui rendre un dernier hommage : les amis, les ennemis, les collaborateurs et admirateurs. Elle reconnut quelques-uns d'entre eux qui, malgré les différents qui les avaient opposés tout au long de leur carrière, vouaient un respect incontestable au PR BOUTAIN. En quittant l'Eglise, Loriane adressa un dernier salut à Edward en relevant la tête vers les cieux avec un sourire qu’elle tenta le plus radieux possible. Elle ressentit comme un souffle d'air sur son visage tels une caresse, un message...

Puis, la foule éparpillée et doucement dissolue, elle se retrouva enfin seule avec Edward. Elle entama alors un monologue passionné, colérique et triste mais qui lui procura une sensation d'intense soulagement. In fine, Edward avait raison, il demeurerait toujours à ses côtés pour la guider et lui insuffler de constantes intuitions. Elle continuerait d'avancer avec lui, elle découvrirait les secrets de ce codex pour lui. Malgré tout, il voyagerait toujours avec elle.

Gravés dans le marbre en lettres capitales, elle savait que ces mots ne cesseraient de raisonner dans sa mémoire, à jamais :

« Les regrets éternels n'existent que sur la pierre »

Tristan Maya

Ainsi, il n'y avait que cette épitaphe cinglante qui sonnait comme un creux, comme une dalle froide et lapidaire... »

Sylvie S.

 

« Elle s'installa face à la télé, le dos calé au mur, la poitrine gonflée, passa le majeur sur sa ridule. Aucuns des programmes proposés par les différentes chaînes n'arriva à la satisfaire. Lors de ses nuits d'insomnies, les idées sombres revenaient en force.

Les soucis du quotidien bouleversaient sa sérénité légendaire.

L'horloge comtoise égrenait les heures; les secondes lui paraissaient des minutes interminables.

Machinalement, elle prit le programme télé afin de se changer les idées.

Mis à part un reportage sur une starlette adulée par les adolescents, rien ne capta son attention. Elle prit la télécommande et en désespoir de cause se brancha sur une chaîne d'informations continues. Rien de joyeux ne calma son spleen.

Elle était seule dans son appartement, et son fils traînait encore dehors avec sa bande de copains. La jeune femme depuis longtemps n'avait plus aucune autorité sur ce dernier.

Plutôt que de se morfondre, elle décida de se lever et prit dans sa bibliothèque un livre de cuisine. En le feuilletant, elle trouva une recette de tourte au camembert qui lui sembla facile à réaliser. Au moins la confection de ce plat meublerait un peu sa solitude nocturne. Lorsqu'elle sortit de la cuisine, elle croisa son reflet dans le miroir de l'entrée. Ses yeux cernés lui donnaient quelques années de plus. Elle savait parfaitement que de ne pas dormir était néfaste à sa santé.

Mais que faire quand le cerveau en ébullition empêche les idées de s'organiser paisiblement ? Se calmer ... pas toujours évident !

En revenant dans le salon, elle tomba sur un reportage sur les diplodocus.

Toutes les explications sur ce dinosaure herbivore lui semblèrent intéressantes, et peu à peu elle arriva à fixer son attention sur ce qu'elle regardait.

Elle apprit beaucoup de choses, mais surtout peu à peu le sommeil la gagna.

C'est un claquement de porte au petit matin qui la fit sursauter.

Ayant peu récupéré de sa fatigue, sa première réaction fut de s'en prendre à son aîné qui visiblement venait de réveiller toute la maisonnée.

Arrogant comme à son habitude, ce dernier ne se laissa pas faire.

Des deux côtés les reproches fusèrent et chacun campa sur ses positions.

Souvent les jeunes ne comprennent pas que leurs parents s'inquiètent et ont tendance à prendre les remarques pour un pamphlet.

N'ayant aucune envie de se lancer dans des discussions stériles, Marie préféra s'éclipser dans sa chambre.

Quand un moment plus tard elle entendit son fils repartir, elle lui demanda où il allait. Pour toute réponse, elle  reçut une réponse laconique:  

 

« Et maintenant, ne me retarde pas, laisse-moi m’en aller ». »

KFée

 

« Elle s’installa face à la télé, le dos calé au mur, la poitrine gonflée, passa le majeur sur sa ridule. Le 18 mars 2014, à 9h00,  elle s’était lentement laisser glisser le long du mur tapissé de fleurs jaunes qui ornaient le salon pour réfléchir. Le doux mouvement de son corps aurait pu apparaître comme une chute au ralenti dans un mouvement calculé ou bien encore comme un abattement total qui l’aurait saisit peu à peu. En caressant sa peau, elle se dit que les personnes heureuses portent avec l’âge des rides aux commissures des yeux ; elle n’en avait pas ; ses rides à elle, nombreuses et très marquées près des lèvres lui donnait un air triste permanent, un peu comme une moue encrée.

Pourtant, elle avait été une belle femme dans sa jeunesse : elle avait toujours pris soin de ses longs cheveux bruns ; ses pommettes saillantes et sa bouche gourmande avaient attiré de nombreux prétendants ; sa taille fine était sa fierté mais depuis longtemps, elle savait avoir perdu tout attrait. Dix-huit ans auparavant, parmi de nombreuses opportunités, elle avait choisi son mari. Il n’était certes ni le plus beau ni le plus éloquent mais son nom à particules avait fait la différence. Il était de bonne famille : avait une situation stable et lui assurait de vivre dans un foyer aisé. Robert De Vaublanc, son mari, ingénieur en aéronautique : petit, presque chauve et un peu grassouillet semblait avoir pour bons points d’être calme, fidèle, sérieux et prévisible mais surtout d’être assurément riche.

Ce jour-là, à 10h00, dans son salon, la femme se demandait comment une personne étrangère à sa vie pouvait la percevoir elle, dans ce moment où froide, elle se laissait choir le long du mur devant son écran plasma éteint. C’était en effet l’avis d’un étranger qui l’intéressait en ces moments puisque ses proches ne pouvaient plus être qualifiés comme tels. Elle préférait donc imaginer des étrangers, des inconnus, des potentiels. Que pouvait-on voir d’elle en ces instants privés. Seule sa poitrine haute prouvait que la fierté ne l’avait pas quittée et son regard dur et glacial lui donnait un air déterminé. Elle regardait autour d’elle, la pièce était terne, la vieille horloge amenait son tintement régulier, les cadres étaient nettoyés quotidiennement et les coussins époussetés plus que de raison. Une photographie de son mari représentait Robert au golf embrassant son tee fétiche et enlaçant son meilleur ami. Ce cadre était posé sur le vaisselier laqué à la feuille d’or, entre une photographie de son fils ainé accompagné de sa copine Brenda et une photographie de son cadet avec son chien.

Elle était prête, elle le ferait !

Elle n’était sur aucune de ces trois photographies et la vérité l’avait frappée depuis un moment : sa solitude n’était complète qu’avec son mari et ses deux fils. La raison en était simple : en présence de sa famille qui, elle le savait, aurait dû représenter par essence même réconfort et sentiment d’appartenance, elle ressentait ce puissant coup de poing journalier et réalisait un peu plus chaque jour qu’elle n’était pas intégrée. Son mari pouvait passer des heures à regarder des émissions sur : les hermines, les diplodocus ou encore les moteurs et ce, hagard, l’œil morne et l’air absent. Pendant ces émissions totalement inintéressantes, elle se rongeait les sangs, elle hurlait à l’intérieur, elle espérait qu’il allait la regarder, elle, et voir enfin sa souffrance d’être ainsi négligée. Des heures pouvaient s’écouler sans paroles, sans échanges, sans rien.

Elle ne pouvait travailler car elle souffrait d’une maladie qui la rendait invalide depuis l’enfance, elle avait presque fini par accepter sa pénitence. Son corps était faible mais son esprit très affuté. Pourtant, chaque soir, elle devait endurer  le mari rentrant du travail, las et fatigué, les deux fils rentrant de l’école épuisés et avec leurs leçons à faire pour lesquelles, il la pensaient complètement dépassée. Elle se disait que Robert avait de la pitié pour elle, qu’il n’osait lui parler de son travail de peur de l’ennuyer ou de la rabaisser. Il pensait peut-être même lui faire une fleur. Pourtant tout le monde savait que ses recherches en ingénierie ne menaient à rien.

Romy, 17 ans, l’ainé, avait pour passions exclusives : sa petite amie, sa musculation et sa testostérone. Il pouvait passer des heures dans la salle de bain à s’admirer et enchainait les régimes. Il était ce qu’on peut appeler : un métro-sexuel-attardé car il vivait en rase campagne.

Eli, 15 ans, le cadet, était : petit, roux et maladivement maigre. Ses seules passions étaient son ordinateur et ses mangas, il n’avait aucun ami hormis son chien Obbs. Il faisait très peur aux petites voisines qui le pensaient malveillant.

Ils se comportaient tous comme s’ils pensaient que ne pas travailler rendait idiot et incapable. Chaque jour, elle sentait la haine grandir comme un ulcère à son cœur.

Pour maintenir les convenances, ils dînaient chaque soir sans échanges, sans rien par peur de dire quelque chose d’incongru. Elle prenait sur elle depuis plus de quinze ans. Elle avait longtemps culpabilisé de ne pas avoir de gagne-pain et s’était presque convaincue que son malheur serait encore plus complet sans son mari, elle se devait aussi pour les enfants de supporter son quotidien et de rester. Elle avait choisi le confort matériel et c’est tout ce dont elle pouvait jouir aujourd’hui.

La dernière fois que son fils ainé lui avait adressé la parole, ce fût pour lui demander pourquoi il n’y avait plus de camembert dans le frigo ; l’espoir que son fils avait enfin besoin d’elle s’était alors évanoui, les larmes lui était montées aux yeux sans même que personne ne s’en aperçoive. Elle lui répondit qu’elle irait en chercher, tout simplement. Son seul rôle avait toujours été de tenir la maison et il manquait le camembert dans le frigo.

Elle réalisait depuis bien longtemps que son fils ainé ne lui parlait presque jamais, les rares signes prouvant qu’il reconnaissait la présence de sa mère étant un vague hochement de tête en sa direction chaque matin et chaque soir. Le petit dernier ne se donnait même pas la peine de hocher la tête pour lui dire bonjour ou au revoir et ne lui prêtait aucune attention. Elle faisait partie des murs.

Quant à son mari, il ne la touchait plus depuis plus de quinze ans. Elle savait depuis des années qu’elle arriverait un jour à un point de non-retour et la récente manigance découverte contre elle n’avait fait qu’accélérer la mise à terme d’années de malheur, d’années stériles.

Ce jour-là, quand elle s’installa face à la télé, le dos calé au mur, la poitrine gonflée, et qu’elle passa le majeur sur sa ridule ;  elle sut que ce serait leur dernier à  tous. Elle travaillait depuis des jours à écrire le pamphlet de sa vie qu’elle nommait intérieurement « je plaide » mais elle décida finalement qu’un discours s’imposait et décida d’attendre le soir, l’arrivée des trois hommes pour s’exprimer de vive voix.

Il était 18h00 et après une journée passée, assise en silence et presque sans bouger, elle se leva lentement, alluma l’écran de télévision et prépara le souper différemment des autres soirs. Elle s’attelait à la tache minutieusement et se concentrait pour le dernier acte d’années de frustration.

Le père, l’ainé et le dernier né arrivèrent, se déchaussèrent et s’assirent à table, ils commencèrent à manger leur soupe et leurs tartines de camembert sans attendre qu’elle soit assise, presque comme tous les soirs.                      Elle se leva d’un bond, se tint bien droite et  les regarda tour à tour en les sommant de se taire et d’écouter ce qu’elle avait à leur dire, ce que les trois autres estomaqués, firent. Ils n’avaient entendu cette voix ferme et pleine d’entrain depuis bien longtemps. Ce fut clairement et bien distinctement qu’Alicia s’exprima :

-«  Honte à vous, honte à vous tous ! Mon cher fils ainé, mon cher petit, mon cher mari, comment avez-vous pu imaginer que votre projet ne serait découvert ! » s’indigna-t-elle.

Les trois hommes blêmirent et la regardèrent avec surprise en essayant de bouger.

-« N’essayez pas de vous lever, même si vous le souhaitiez de toute votre âme, votre corps ne répondrait plus. En effet, si vous aviez du goût ou ne serait-ce qu’un odorat un tantinet développé vous n’auriez certainement pas mangé ce qu’il y avait dans votre soupe ce soir. » dit-elle. Elle reprit son souffle.

-« Vous souhaitiez me faire abattre ! Mais pour qui vous prenez vous ! » Hurla-t-elle.

-« Est-ce cette pauvre folle de Brenda qui t’a mis cela en tête, Romy ? » Se moqua-t-elle.

Les trois hommes avaient l’air de souffrir intensément et restaient pétrifiés, incapables d’effectuer le moindre mouvement. C’est fortement que la femme continua :

-« Mon cher Romy, Brenda n’est pas fidèle pour un sou, ce qui doit expliquer ta chance évidente aux jeux. C’est impressionnant tout ce que l’on peut apprendre d’un ordinateur quand on y passe ses journées.  C’est ainsi que j’ai appris par exemple que ton père te demandait ton aide pour me faire passer l’arme à gauche en échange d’un appartement en ville avec Brenda : Brenda, qui, elle-même d’ailleurs, n’a visiblement selon ses derniers échanges avec son amant aucune envie d’être avec toi et je cite : « je ne vais quand même pas rester avec un péquenaud de son genre toute ma vie bébé.»

Mon cher Eli, ou devrais-je dire : mon cher « geek-no-life», ton meilleur ami l’ordinateur m’a appris qu’en échange de tous les équipements informatiques dont tu rêvais, tu étais prêt à participer au meurtre de ta mère.

Quant à toi, Robert, l’intellectuel en panne sèche, ne sachant même pas camoufler une prévision de meurtre, saches que ta maîtresse qui contre toute attente se révèle fort sympathique, a reçu une copie de toutes les pages internet consultées ces derniers mois avec pour thème majeur: « comment assassiner ma femme sans me faire attraper ». Je doute donc désormais qu’elle soit prête après ma mort à venir dans cette maison vivre au côté d’un veuf éploré comme tu l’avais prévu et même daté dans ton agenda. » Souffla-t-elle. Elle se reconcentra pour la fin de la partition et déclara :

-« Me faire passer pour dépressive ! Chose facile puisque je le suis déjà par votre faute à tous, par votre totale indifférence à mon égard! Mais quelle fût ma surprise en apprenant que vous comptiez en faire mon mobile de suicide ! Je dois avouer que pour une fois dans votre misérable vie, vous m’avez surprise et donné envie de me battre pour un meilleur.  Vous étiez tous prêts à damner votre âme et tout cela pour l’argent alors que vous n’en avez jamais manqué ! Que représente mon assurance vie pour quelqu’un comme Robert De Vaublanc pourtant ! Vous avez été mes bourreaux pendant toutes ces années, j’ai de nombreuses fois tout planifié pour mon départ, peut-être dois-je vous remercier de cette libération finalement. Vous aviez conclu de mettre une quantité mortelle d’antidépresseur dans ma soupe ; un soir non encore spécifique car vous hésitiez encore, je n’ai fait que copier votre plan machiavélique ce soir. » Déclara-t-elle, tout simplement.

Les deux adolescents tombèrent le nez dans leur soupe pendant que le mari, lui, tendait le bras et la regardait les yeux exorbités.

Elle lui souffla froidement :

 

Et maintenant, ne me retarde pas, laisse-moi m’en aller. »

Angélique G.

 

     « Elle s’installa face à la télé, le dos calé au mur, la poitrine gonflée, passa le majeur sur sa ridule. Elle poussa un long soupir de lassitude. Le chagrin menaçait de la submerger à tout moment, mais elle ne pouvait se permettre de craquer maintenant. Le petit n’était pas encore couché. Il ne comprenait pas encore vraiment ce qui venait de se passer. Elle devait rester forte pour lui. Elle pleurerait plus tard.

— Maman, l’appela Thomas du haut des marches.

— Tu t’es brossé les dents ?

— Oui. Tu peux me lire une histoire ?

— J’arrive mon poussin.

     La jeune femme s’efforça de ne pas afficher sa fatigue et sa tristesse, monta jusqu’à la chambre de son fils, où elle trouva ce dernier enfoui sous ses draps, un air grave inhabituel sur son visage. Elle s’approcha de lui et vint s’asseoir au bord du lit.

— Souffle-moi ton haleine, que je vérifie qu’elle ne sente pas le camembert ! plaisanta-t-elle.

     Cette phrase rituelle le faisait toujours rire, mais ce soir, il n’esquissa qu’un petit sourire avant de s’exécuter.

— Quelle histoire veux-tu pour ce soir ?

— Je ne sais pas, dit-il, hésitant.

     Elle comprit que l’histoire qu’il lui avait réclamée n’était qu’un prétexte. Des questions plus importantes agitaient son jeune esprit.

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Tu as dit que mamie était montée au ciel, avec les anges.

— Oui, c’est vrai.

— Elle reviendra bientôt ?

     Cette question lui serra le cœur et elle dut se faire violence pour ne pas fondre en larmes. Chaque fois qu’elle pensait à sa mère, depuis qu’elle avait appris sa mort, elle ne cessait de rejouer dans tête la terrible dispute qui les avaient séparées l’une de l’autre pendant des mois.

      Elle entendait résonner à ses oreilles le ton à la fois en colère et blessé, que sa mère avait pris pour prononcer ce qui serait ses dernières paroles pour sa fille pendant longtemps : "Et maintenant, ne me retarde pas, laisse-moi m’en aller." Des mots qui en eux-mêmes n’avaient rien d’exceptionnels, mais qui continuaient de la hanter.

— Non, mon poussin, mamie ne reviendra pas. Une fois qu’on est au ciel, on ne revient pas.

     Elle observa son petit visage mu par une intense réflexion. Comment trouver les mots pour qu’il comprenne ? Ce n’était qu’un enfant de cinq ans. Sujet difficile que la mort et le deuil à expliquer à un être si jeune.

— C’est pour ça que tu es triste maman ?

— Oui mon poussin. Elle va beaucoup me manquer, même si je sais que là-haut, elle ne souffre plus.

— Elle va me manquer aussi.

— Tu veux une histoire pour t’endormir ?

— Non, pas ce soir. Je veux juste un câlin.

— Ça tombe bien, maman aussi a besoin d’un gros câlin, fit-elle avec un sourire triste.

     Thomas vint se blottir contre elle, son diplodocus en peluche serré contre son cœur. Ils restèrent ainsi un long moment, profitant de la chaleur et du réconfort que prodiguait l’autre. Quand son fils fut endormi, elle se déplaça doucement, pour s’extraire du lit. Après un dernier regard sur son petit homme, elle éteignit la lumière et ferma la porte derrière elle.

     Ses pas la menèrent telle une somnambule, vers la salle de bain. Hébétée de fatigue et de douleur, elle se fit couler un bon bain chaud, où elle ne tarda pas à se plonger avec délice. Bientôt, les larmes qu’elles retenaient si durement depuis des heures, depuis le moment où elle avait appris la terrible nouvelle, se mirent à couler.

Et maintenant, ne me retarde pas, laisse-moi m’en aller.

     Décidément cette phrase ne cessait de revenir comme un boomerang, toujours plus douloureuse. Cela en était même ridicule. Si cela avait été la dispute précédent cette phrase, qui lui revenait sans cesse, cela aurait eu plus de sens, lui semblait-il.

     Tous ces mois gâchés pour rien. Pour un homme qui n’en valait pas la peine, et qui les avait abandonnés, son fils et elle. Cela remontait pourtant à quatre ans. A quoi bon y repenser ? A quoi bon s’en vouloir à nouveau de ne pas avoir écouté sa propre mère, dont l’instinct lui avait hurlé, dès le début, que ce n’était pas quelqu’un de bien. Sa mère n’avait jamais été du genre à garder pour elle son opinion, et ce jour-là n’avait pas échappé à la règle. Elle avait mal pris son ingérence, et elles s’étaient disputées. Quelle idiotie ! songeait-elle à présent. Sa mère aurait écrit un pamphlet le décriant, qu’elle ne l’aurait pas plus mal pris.

     Non, elle ne devait plus se torturer ainsi. Ne penser qu’aux jours heureux, aux bons moments. Il fallait cesser de ressasser cette phrase. Une fois cette résolution prise, elle se la répéta, une dernière fois, comme pour l’exorciser.

— Et maintenant, ne me retarde pas, laisse-moi m’en aller. »

Anne C.

 

« Loriane s’accroupit, plongea son visage dans ses deux mains et se pinça le nez en fermant les yeux.

Il fallait qu’elle plonge, qu’elle réussisse à le faire, pour elle…

Toutes les images se bousculent à nouveau dans sa tête : la mer, le bateau, le soleil, les gens qui rient… puis les gens qui crient, qui pleurent…

Sa sœur et elle étaient nées à quelques minutes d’intervalle. Sortie la première, Loriane était l’ainée et prenait son rôle très au sérieux, toujours prête à protéger sa jumelle envers et contre tout, contre tous.

Ce concours de plongée en apnée, elles l’avaient préparé ensemble. Elles s’étaient entraînées de longs mois durant, repoussant les limites toujours plus loin. Réussir à retenir son souffle longtemps, longtemps, longtemps… jusqu’à en avoir la tête qui tourne et remonter par palier sans précipitation, toujours très concentrée.

Leur passion, c’est Aurore Asso qui leur avait fait naître quand elles l’avaient découverte grâce au film diffusé dans Thalassa. Cette championne était entrée dans le livre Guinness des records pour une plongée en apnée inédite dans une grotte sous-marine. Des images à couper le souffle ! Aucun risque d’y trouver les traces d’un quelconque diplodocus dans ce lieu préservé, non. D’abord inhospitalières, ces cénotes révélaient un univers préservé, loin de toute cette folie meurtrière des hommes qui bétonnent à la surface le moindre mètre carré habitable ! On pourrait écrire un livre-pamphlet contre tous ces hommes qui détruisent notre planète en toute impunité.

Le Grand Bleu qu’elles ont ensuite visionné avait fini de les convaincre. Loriane et sa sœur en avaient tout de suite été persuadées : elles aussi voulaient découvrir ce monde du silence, le faire connaitre au grand public et militer ensuite dans des mouvements écologistes.

Quand elles en avaient parlé à leur parent, ils leur avaient souri. Ils se rappelaient leurs 20 ans, quand ils défilaient dans les rues pour protester contre les essais nucléaires américains. Fervents supporters de Greenpeace, ils étaient de toutes les manifestations pour dénoncer tout ce qui portait atteinte à la santé et à l’environnement. La relève était assurée, ils étaient déjà très fiers de leurs filles qui reprenaient le flambeau.

Très vite, les entraînements avaient commencé : d’abord en piscine, puis en milieu naturel. Les limites étaient régulièrement repoussées, mais toujours contrôlées. Sauver la planète, oui, mais sauver sa peau aussi… Pas question de prendre des risques.

Puis le jour J était arrivé, les deux sœurs s’étaient inscrites en vue de tenter un nouveau record dans leur catégorie : descendre à moins 50 mètres, une profondeur qu’elles maîtrisaient déjà bien à l’entraînement. Le temps était clément, pas la moindre houle.

Le matin, comme à leur habitude, elles avaient tiré au sort laquelle des deux sauterait la première. Sa sœur serait la deuxième…

Elles ne pouvaient rien avaler quand elles participaient à une manifestation sportive, à peine un café et deux biscottes pour l’une ; un jus d’orange et une infime portion de camembert, son fromage préféré, pour l’autre. C’était un rituel.

J’ai sauté. Très vite, j’ai atteint les abysses. Record battu : moins 52 mètres !

Puis, ce fut son tour. Comme d’habitude, elle se laissait entraîner par des poids qui lestaient son corps jusqu’aux moins 50 mètres minimum que nous nous étions fixés. Comme moi, quelques minutes plus tôt, elle devait libérer l’air d’une bouteille qui gonflait un ballon qui lui permettrait de rejoindre aisément la surface. J’étais sur le bateau, la famille, les amis aussi… Les minutes s’égrenaient lentement, trop lentement… L’angoisse m’envahit. Ma sœur était en danger, je le savais, je le sentais. Déjà petite, je savais bien avant les autres si elle avait un problème ou pas. Que des jumelles soient fusionnelles n’est un secret pour personne, mais nous, c’était autre chose, encore. Nous n’étions qu’un. J’ai très vite compris qu’il se passait quelque chose de grave. J’ai hurlé à l’équipe d’actionner immédiatement le système de contrepoids qui l’aiderait à remonter plus vite à la surface. Devant leur mine déconfite, je saisis qu’il y avait un problème. Un problème grave. Le système ne fonctionnait pas, il était bloqué.

Sans réfléchir, je plongeai aussitôt, suivie par des équipiers parfaitement rodés à ce type d’intervention. Mais rien ! Personne ! Elle avait disparu.

Immobilisée contre son gré, prisonnière, elle s’était sans doute débattue pour se libérer coute que coute, mais les forts courants marins l’avaient emportée dans les profondeurs. Les fonds furent ratissés pendant plusieurs jours et la surface scrutée consciencieusement. Naturellement, je participai aux recherches. En vain. Son corps ne fut jamais retrouvé.

Je ne remis jamais un pied dans l’eau… jusqu’à ce jour où je décidai de lui rendre hommage en effectuant un dernier plongeon.

Je tombais, glissais, m’enfonçais dans les profondeurs… Malgré ma détermination et ma rage d’être plus forte que l’océan, les larmes ruisselaient derrière mon masque, nuisaient à ma concentration. Je descendais, descendais… jusqu’au trou noir… et c’est là que je la vis. Elle flottait, belle comme une sirène, et elle me sourit. Elle s’approcha de moi, lentement. La joie rayonnait dans ses grands yeux et sa chevelure ondoyant tout autour d’elle lui donnait l’allure d’un ange. Sa bouche s’ouvrait et se refermait comme celle d’un poisson qui s’asphyxie hors de l’eau… mais oui, elle voulait me parler, elle était en train de me dire quelque chose.

« Jeee-t’aiii-me ! Va-sois-heu-reuseeee… »

Je me sentis empoignée et me retrouvai à la surface, allongée sur le dos, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Je crachai de l’eau, je suffoquai, mais un sentiment de bien-être envahissait mon cœur.

— Moins 55 mètres ! Tu as réussi, tu as réussi !

Toute l’équipe s’affolait autour de moi. Certains riaient, d’autres pleuraient de joie.

J’ai su par la suite que j’avais sans doute perdu connaissance…

 

Le lendemain, je me rendis au petit mémorial qu’on avait érigé pour ma sœur, mais maintenant, je savais. Je savais que ma sœur avait rejoint pour l’éternité cet univers qu’elle aimait tant et qui serait dorénavant à tout jamais le sien. Je ne revins plus jamais me recueillir ici où il n’y avait que cette épitaphe cinglante qui sonnait comme un creux, comme une dalle, froide et lapidaire. »

Tarmine

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Commentaires : 3
  • #1

    sylvie solignac (mardi, 27 octobre 2015 09:13)

    Pas facile que cet exercice mais yes, c'est beau et j'ai passé un agréable moment de lecture. Tarmine, top...
    Bizousssss

  • #2

    Marc Langlois (mardi, 03 novembre 2015 17:09)

    Je n'ai pas encore fini de tout lire donc je reviendrai bientôt re-commenter mais déjà, ce que je lis est extraordinaire !
    Les phrases ont été prises de mon roman "A contrecœur" et je dois dire que je suis bluffé, d'abord parce que l'exercice est difficile mais aussi et surtout par la qualité des productions !!! Avec en plus quelques idées pas si éloignées que ça du roman.
    Je reprends tout de suite ma lecture mais en tout cas, bravo !!!

  • #3

    Martine D. (mardi, 03 novembre 2015 17:16)

    Heureuse de ton passage sur le blog, Marc, et sincèrement ravie que l’exercice te plaise ! J’ai hâte d’avoir ton avis sur la suite et les participants sans doute aussi :) Bises !