Proposition numéro 1 : voici les textes de quelques-uns des auteurs

Le bon roi Dagobert a mis sa culotte à l'envers !

 

« L’anecdote que je vais vous raconter est maintenant connue du monde entier. J’ai commencé par la rapporter à ma femme, puis à mes enfants, qui l’ont eux-mêmes racontée à leurs amis, qui l’ont contée à leurs parents et autres amis, et ainsi de suite. Maintenant, demandez à un passant s’il connaît l’histoire du roi Dagobert, il vous répondra que oui et son visage se fendra d’un grand sourire – souvenir d’une bonne tranche de rigolade, lorsqu’il l’a entendue pour la première fois. Puis, si vous avouez à ce passant, ce parfait inconnu, que vous ne connaissez pas l’anecdote, que vous avez juste eu vent que le roi Dagobert est le héros d’une aventure qui a fait rire bon nombre de personnes, l’inconnu vous la contera ; laissez-moi ce privilège car, après tout, c’est de ma bouche que tout a commencé !

            C’était un dimanche après-midi d’été, comme tant d’autres. Nous avions décidé, ma femme et moi, d’emmener les enfants se promener dans la forêt, comme à notre habitude. C’était donc une journée qui, sans la rencontre, aurait été d’une banalité désespérante.

La forêt dans laquelle nous avions donc pris l’habitude de lâcher nos enfants pour qu’ils se défoulent, comme aime dire Margaret mon épouse, ou pour qu’ils découvrent le monde (comment peut-on découvrir un endroit que l’on connait par cœur, ça me dépasse), n’était pas le lieu favori de nos voisins : nous ne croisions jamais plus d’une famille ou deux. Ce dimanche-là, nous étions seuls. Il n’y avait que mon fils et ma fille qui brisaient le silence et couraient à droite, à gauche, sans que leur mère n’y trouve rien à redire. Quant à moi, les petits êtres que j’avais créés me fatiguaient ; mais je préférais qu’ils se défoulent ici plutôt qu’à la maison. Nous étions donc en balade quand, soudain, je me suis aperçu que mon chapeau n’était plus sur ma tête.

« - Margaret, je ne trouve plus mon chapeau.

- Il doit être dans les parages. Je t’ai encore vu avec il y a quelques minutes.

- Je vais le chercher. Reste là avec les enfants. »

Je me suis donc éloigné des bambins, qui s’extasiaient devant un escargot –n’en n’avaient-ils donc jamais vu auparavant ?-, et de leur mère qui leur montrait les quatre yeux de l’animal. Je me suis enfoncé dans la forêt, les yeux rivés au sol : pas de chapeau. Le brouhaha de ma progéniture était désormais lointain. Soudain, j’ai entendu une voix masculine murmurer, ou plutôt fredonner. Au travers des arbres, j’ai bel et bien aperçu un homme d’une quarantaine d’années. Bien qu’il eût été de dos, j’ai reconnu sans hésitation le roi Dagobert. J’allais toussoter pour faire remarquer ma présence, puis le saluer, quand un détail m’a troublé. C’est ici que l’anecdote devient hilarante (c’est d’ailleurs ici que l’anecdote commence) : le roi Dagobert avait mis sa culotte à l’envers ! Au lieu de me montrer, je me suis dissimulé encore un peu plus derrière mon arbre, ayant soudain l’impression que, pour la gêne du roi comme pour la mienne, il valait mieux que je ne me fasse pas remarquer. J’ai regardé une nouvelle fois, pour être sûr que mes yeux ne m’aient pas joué de tour : mais c’était bien ce bon vieux roi Dagobert, seul dans la forêt, chantonnant, et avec la culotte à l’envers. Oubliant complètement mon chapeau, je suis retourné à pas de loup auprès de ma femme et mes enfants, me mordant la langue pour ne pas rire à en avoir les larmes aux yeux. Une fois certain de ne plus pouvoir être entendu du roi, je me suis enfin autorisé à hurler de rire. J’ai franchi les derniers pas qui me séparaient de Margaret en courant. Cette dernière a été pour le moins surprise, mais je ne lui ai pas laissé le temps de me demander ce qui se passait que je m’exclamai :

« - Chérie ! Tu ne devineras jamais ce que je viens de voir ! »

            Maintenant, vous connaissez l’histoire du roi Dagobert et de sa culotte enfilée à l’envers. Si un passant vous demande quelle est l’aventure dont tout le monde rit, vous pourrez sourire en vous remémorant la vision que vous avez eue du roi ridicule, et vous pourrez lui conter. »

Mariana M.

 

Le jour où j'ai rencontré le bon roi Dagobert

 

     « La vie était plutôt rude en ce temps-là, mais depuis que le roi Dagobert 1er était montait sur le trône, il fallait bien avouer que les choses s'étaient plutôt améliorées. Finis les guerres fratricides qui mettaient la Francie à feu et à sang. Au moins maintenant, la paix régnait.

     Je ne vais pourtant pas prétendre que la vie était subitement devenue belle et que tout allait pour le mieux. Après tout, je n'étais qu'une pauvre paysanne qui ne mangeait pas toujours à sa faim. Un violent orage nous avait frappé quelques semaines plus tôt, ravageant la plupart des récoltes. Pour éviter à ma famille de mourir de la famine cet hiver, j'avais décidé de retourner poser des pièges dans la forêt, pour capturer de quoi nous nourrir. Nous étions tout de même dix à la maison.

     Si mon père savait que je braconnais sur le domaine royal, aucun doute qu'il me rosserait sévère. Mais comme il n'avait pas inventé l'eau chaude, j'étais sûre de trouver une explication dont il se contenterait, pour expliquer le gibier sur la table.

     Bien sûr, je prenais un gros risque. Si je me faisais attraper, je risquai plus que des bleus sur l'arrière train, c'était certain. Allait-on me couper les mains ? Me battre ? Me pendre ou bien m'écarteler ? Je n'en savais trop rien et préférai ne pas trop y penser.

     Ce matin-là, je m'étais levée bien avant le chant du coq, ce qui n'était pas très parlant, puisque notre mâle de basse-cours ne devait même pas savoir ce qu'était le soleil. Il chantait soit beaucoup trop tôt, soit beaucoup trop tard. Bref, je m'étais faufilée dehors alors qu'il faisait encore nuit noire, et j'allais récupérer dans la grange mon baluchon remplis de collets que j'avais fabriquais la veille.

     Au lieu de mon bazar, je trouvais vautrés dans le foin, ma soeur aînée, batifolant avec le grand échalas qu'était le fils de notre voisin. Je songeai avec un sourire, que si notre paternel les trouvait là, il planterait sûrement une fourche dans la carcasse osseuse de cet idiot en rut.

     Puisque je ne comptais pas attendre qu'ils aient terminé leur petite affaire, je me glissais telle une anguille à l'intérieur, et longeais le mur est de la grange, jusqu'au foin où j'avais caché mes affaires. Par chance, je n'eus pas à tâtonner longtemps pour les trouver, et me hâtais de sortir, ni vu, ni connu.

     Vous comprenez bien que si je me rendais à la forêt qui se trouvait sur le domaine royal, c'était parce qu'il n'y avait pas d'autre bois plus près. Pas de chance n'est-ce pas ? Il me fallut tout de même une bonne heure de marche pour y arriver, surtout parce que dans le noir, j'avais fini par m'égarer quelque peu. Je passais donc les deux heures suivantes à poser habilement mes pièges, du moins je l'espérais. C'était l'un de mes frères qui m'avait enseigné comment faire, après que je l'eus menacer de le dénoncer aux parents pour la disparition de l'un de nos cochons. Oui, j'étais une braconnière, et une maître-chanteuse. Il faut ce qu'il faut pour survivre.

     Je m'étais plutôt pas mal enfoncée dans la forêt, et je m'apprêtais à rentrer, quand le son d'un cor de chasse résonna à mes oreilles, suivit par un concert d'aboiements. Je jurais comme un charretier, ou bien comme une charretière, je ne sais pas trop. Peu importe. Le tout était que j'étais dans de beaux draps. Je compris que le roi et sa cour était partis à la chasse et si les corniauds me reniflaient, j'étais perdue.

     J'allais engager une retraite discrète, du moins autant que je pouvais l'être, quand un cerf jaillit comme un diable et sauta par dessus un fourré avant de me foncer droit dessus, le regard affolé. Je me jetais sur le côté pour ne pas finir encornée, en poussant un glapissement qui n'avait rien de gracieux.  

    Une meute de chiens suivit juste après, et me contourna sans même ralentir. Un cavalier apparut à son tour, et je me doutais que le reste des seigneurs devaient être sur ses talons. Je n'eus pas le temps de bouger un cils, que le cheval freina des quatre fers en me voyant, ce qui était toujours mieux que de le voir sauter par dessus moi au risque de me prendre un coup de sabot en pleine figure. Surpris et quelque peu effrayé, le cheval se cabra, puis rua, éjectant son cavalier à plat ventre devant moi.

     Je restais saisi, et n'osa pas bouger d'un pouce, comme si ce simple fait allait me rendre invisible. L'homme se trouvait pourtant dans une position des plus ridicules, qui en temps normal m'aurait fait bien rire, mais j'étais trop effrayée par le châtiment qui m'attendait pour me laisser aller à glousser bêtement.

     Le moment de stupeur passé, et alors que le seigneur redressait son visage vers moi, je m'autorisais à détailler l'individus. Je devais avouer que j'étais plutôt curieuse, n'ayant jamais vu de nobliau de ma vie. J'ouvris alors mes yeux grands comme des soucoupes en voyant la manière dont il était attifé. Dans sa chute, sa tunique était remontée dans son dos, ce qui me permit de voir que ce drôle d'oiseau avait enfilé son pantalon à l'envers.

     Je fus coupée dans mon observation par l'arrivée du reste de la cour, qui s'arrêta brusquement. Les deux premiers arrivés sautèrent à bas de leur monture pour se précipiter vers leur infortuné compagnon.

- Votre Altesse est-elle blessée ? s'enquit le premier, un grand blond au regard de fouine.

- Je n'ai rien, assura ce dernier.

- Qui es-tu et comment as-tu osée t'en prendre au roi ? gronda le second, un brun trapu au visage ingrat, en tirant sa lame au clair.

- J'ai rien fait du tout ! m'écriais-je.

     Ainsi donc ce n'était pas un simple seigneur mais le roi Dagobert en personne. Toute sa cour me foudroyait du regard alors que je n'avais qu'une envie, rentrer sous terre.

- Que tout le monde se calme, tempéra le roi. J'ai chuté de cheval mais je ne suis point blessé. J'ignore qui est cette jeune personne, mais je puis vous assurer qu'elle n'a aucunement attenté à ma vie.

     Le roi se releva avec un peu d'aide, mais malgré ses propos, tout le monde continuait à me regarder de travers. Je voulus me relever à mon tour, mais le petit trapu se mit à me menacer à nouveau de son épée. J'en retombais prestement sur les fesses.

- Qui es-tu et que fais-tu sur le domaine royal ? gronda-t-il.

- Je suis personne m'sieur, je m'suis perdu c'est tout, dis-je avec mon air le plus innocent.

- Rangez votre arme, seigneur Gontrand, auriez-vous peur d'une enfant ?

     Le dénommé Gontrand rangea son arme à contrecœur.

- Que fais-tu ainsi par terre, jeune fille ? demanda le roi.

- J'ai été surprise par un cerf Sire. J'ai bien cru qu'il allait m'éventrer.

- Relève-toi, ordonna-t-il.

     J'obéis avec le peu de dignité qui me restait, et priais pour qu'il me laissa filer. Je fis la révérence, certainement mal, mais c'était l'intention qui comptait. Le roi souriait. Il ne ressemblait pas du tout à ce que j'avais imaginé, mais il n'avait pas l'air méchant. Je me mis à espérer que j'allais peut-être m'en sortir, mais le regard du roi se posa sur le sol, derrière moi. Je compris qu'il avait dû repérer mon baluchon et me retint de ne pas me retourner. Avais-je posé tout les collets ? Ou bien en restaient-ils à l'intérieur ? Je ne savais plus. Mon esprit sembla se liquéfier et je me sentis pâlir. Sans se départir de son sourire, le roi ramassa lui-même mon fourbi et me le tandis.

- Montre-toi plus prudente à l'avenir, me dit-il.

- Oui Sire, bafouillais-je.

- Tu devrais rentrer chez toi, fit-il avec un clin d'œil.

- Merci Sire, fis-je avec soulagement.

     Néanmoins, j'hésitais. Je me mis à danser d'un pied sur l'autre.

- Qui a-t-il ? ma demanda-t-il, intrigué.

     J'osais m'approchais de lui, et lui chuchota :

- Pardonnez-moi Sire, mais votre pantalon est à l'envers. Je voudrais pas que vous vous ridiculisiez devant tout le monde.

     Je regrettais mes paroles dès qu'elles sortirent de ma bouche. Comment osais-je parler ainsi au roi ? J'étais sûre qu'il allait se mettre en colère, mais sa réaction m'étonna. Il bascula la tête en arrière, et éclata d'un grand rire. J'en restais coite. Il se bidonnait tellement qu'il se donnait de grandes claques sur les cuisses. Toute sa clique derrière avait l'air sidérée. Quand enfin il se calma, il se pencha vers moi et me dit :

- Le roi te remercie de te soucier du ridicule de sa mise.

     Il tendit sa main droite derrière lui et fit signe à son écuyer de lui donner quelque chose. L'instant d'après, il posait dans mes mains une petite bourse rempli d'or.

- Cela devrait t'aider à passer l'hiver. Maintenant va !

     Ma bouche était grande ouverte et devait me donner l'air bien stupide. Je m'empressais de la refermer, remerciais le roi et filais en sens inverse sans demander mon reste. Il me tardait de voir la tête de mes parents quand je leur raconterai ça ! »

Anne C.

 

Le roi Dagobert

 

« Il était un dimanche. La semaine de travail s'achevant, nous avions fait le choix de profiter pleinement de cette journée qui s’annonçait bien, puisque le soleil était au rendez-vous. Mon réveil dominical, sans sonnerie, fut assez rapide et je décidais de me rendre au village à pieds, seule, à l'insu des miens qui dormaient encore. Je profitais donc de cet égoïste moment pour rendre mon épopée pédestre utile en ramenant quelques viennoiseries pour le petit déjeuner.

J’aime profondément mon village, ses petites ruelles escarpées, ses façades de pierre qui recouvrent les maisons, sa place principale cernée par l’entrée de l’Eglise et le lavoir, mais surtout, notre Abbaye. Quelle merveilleuse bâtisse qui, à elle seule, représente l'âme du village. J'aime à l'admirer, s'élevant dans ce ciel de Provence si bleu sur fond de chants de cigales et de légère bise.

Ce matin-là, je constatais qu'il n'y avait pas grand monde. Effectivement, il était certainement trop tôt encore pour espérer rencontrer quiconque. Sauf que...là, au détour du jeu de boules, je le vis : étonnante rencontre que celle-ci. Où étais-je donc ? A mesure que l'homme s’approchait, une angoisse mêlée d'une évidente peur montait en moi. Vêtu d’un drapé de soie écarlate, une épée à sa ceinture, il semblait hors du temps. Ses cheveux d’ébène tombaient sur ses épaules et il était coiffé d’une couronne dorée, tel un roi. Il souriait et son attitude ne dénotait rien de bien inquiétant sinon le désir de me saluer. Mais de ce salut qui n'existe plus de nos jours puisque l'homme s'agenouilla presque, en m'attrapant la main pour l’effleurer d’un léger baiser. Ma confusion fut telle qu'il s'en rendit bien compte et jugea aussitôt utile de calmer ma stupeur : « Madame, je vous prie d'accepter mes excuses dans le cas où je vous aurais importunée. Je passais par ici et trouvais ce village tout simplement magnifique, n'est-il pas ? Oh, mais où donc avais-je la tête : je suis le roi Dagobert, Mérovingien de dynastie, fils de Clotaire II et de Bertrude ». Aussitôt, j'esquissai un sourire au vu de l'accoutrement dont il était l'objet. Je me mordis la lèvre inférieure pour savoir s'il ne s'agissait pas d'un rêve ou d'une mauvaise plaisanterie. Je réfléchis très rapidement en me disant que j'avais certainement raté une information quant à une organisation touristique médiévale de la part de mon village et qui pourrait justifier la rencontre d'un tel personnage, ici, au 21ème siècle un dimanche matin tout à fait banal. Je compris très vite que cette banalité n'était plus, car le Roi Dagobert était bien devant moi, et avec, bien sûr, sa culotte à l'envers. Ainsi, il paraissait surpris, lui aussi, de ma tenue vestimentaire en short baskets. Je levais la tête, à la recherche d'éventuelles caméras ou autres y ressemblant en supposant qu’il pouvait peut être s’agir d’un tournage ou d’un canular. Mais rien...

Que signifiait donc cette histoire ? Amusée, je décidais de jouer le jeu et de rentrer dans cette sorte de comédie que mon héro avait l'air de prendre au sérieux. N'y tenant plus, je lui demandais de me conter son aventure, la raison pour laquelle il se trouvait ici aujourd'hui et décidais de ne pas lui révéler le siècle dans lequel nous nous trouvions afin de conserver une certaine authenticité face à ce personnage anachronique. Il s'assit tout à proximité de la fontaine de pierre cintrée de bancs médiévaux et me tint un discours qui se révélait, au fil des mots et des expressions, envoûtant et chargé d'histoire. Ce monologue passionné et engagé, ressemblait en tous points de vue, aux discussions politiques actuelles. Tout y passait : le peuple, le travail, la bourgeoisie, les impôts, la religion… Je l'écoutais, amusée en pensant, au final, qu'il n'existait pas de grandes différences humaines entre le vécu du 6ème siècle et celui du 21ème, hormis notre confort et nos belles conditions de vie. J'en oubliais même ce pourquoi j'avais quitté la maison tantôt. Mais je gardais l'impression que cet homme n'était pas réel. Je réalisais alors que j'étais peut-être en train d'assister à un évènement particulier de ma vie. Je me trouvais là, un dimanche matin banal d'une semaine banale, elle aussi, au sein même de mon village en face d'un personnage loin de l’être, lui...

Ainsi, je décidais, malgré ce, de me laisser traverser par cette aventure atypique et d'écouter mon gentil roi expliquer la raison pour laquelle il avait mis sa culotte à l'envers. Car effectivement, au fil de nos échanges, j'avais trouvé le moyen de lui glisser cette information qui ne le perturba pas le moins du monde. Il aimait, tout simplement porter ses culottes à l’envers car les trouvait plus confortables de cette manière.

Le temps passait et il me fallut, à regret, saluer mon bon Roi, lui souhaiter un bon séjour dans notre havre de paix et replonger dans la réalité à la hâte si je voulais qu'il reste des croissants en boulangerie pour le petit déjeuner familial...

Tout en marchant, je songeais à ce qu'il venait de m'arriver et me dis que les miens allaient avoir bien des difficultés à croire mon récit. J'esquissais un sourire en me retournant pour saluer une dernière fois mon gentil Roi mais, stupéfaction : l'homme avait disparu...

Je ressentis une légère secousse, puis un léger souffle auprès de mon oreille, un baiser : « Le café est chaud, les croissants aussi, nous t'attendons ». J'ouvre un oeil, puis l'autre, aperçois mon mari : « quel jour sommes-nous ? » dis-je. Etonné, il m'observe, décontenancé, à la fois inquiet de cette question. « Nous sommes dimanche, il est 9 heures et nous t'attendons avec impatience car les croissants sont alléchants et nous n’y tenons plus ».

Tout ceci n'était donc qu'un rêve. Je quitte le lit, à regret, perturbée par l’impression d'une telle authenticité et déçue que, finalement, ce ne soit qu'un songe...

Notre petit déjeuner fut particulièrement animé ce jour-là. Nous prîmes le temps de bavarder, de communiquer en toute simplicité et avec la saveur d'un dimanche matin familial comblé.

Au sortir de table, mon mari me tend le journal acheté depuis le matin. En première page, un grand titre :

"LA CELLE : Il avait mis sa culotte à l'envers, notre bon roi Dagobert".

Je voulus lire l’information, mais mes yeux furent attirés par la photo étrangement similaire au portait du « roi de mon rêve ». L'article décrivait la folle aventure d'un patient échappé de l’hôpital psychiatrique local, ancien professeur d'histoire et passionné par la vie du roi Dagobert.

La mine déconfite, et perturbée par cette étrange histoire, je me tourne vers mon mari et susurre : "je l'ai rêvé"... »

Sylvie S.

 

La vérité sur l’affaire du roi

 

« Il fait sombre dans ce couloir, je frissonne à l’idée d’être surprise. Je tire sur ma chemise et replace ma coiffe sans cesse, mordillant ma lèvre à m’en écorcher. Ma peau est glacée et je ne distingue rien à moins de cinq mètres, la petite torche que ma servante m’a remise ne m’est presque d’aucune utilité. La flamme vacille, je vacille avec elle, je suis cette flamme.                       

Mes jambes flageolent autant que sous la caresse du roi.

Ce château est décidément un  véritable coupe gorge, il recèle tant de cachettes et tant de coins discrets. J’entends des murmures autour de moi, je sens des frissons sur ma nuque comme si un souffle invisible se jouait de ma peau. Je me sens traquée, épiée et faible.

Au fur et à mesure de mon avancée, ma torche s’attarde sur le pourpre des portes environnantes ainsi que sur la dorure de chacune des poignées. Parfois j’aperçois des écriteaux royaux sur ces portes, indiquant le degré d’affection que le roi porte à ses convives. Sur celle-ci par exemple est inscrit à l’encre noire: «  Madame De Mariac » qui indique inévitablement que celle-ci n’est que tolérée ce soir. Sur la mienne est écrit depuis plusieurs jours en lettres d’or: « Pour Madame De Panpidon » Ce qui révèle aux yeux de tous que je suis particulièrement chère au Roi.

Cet écriteau sur ma porte m’arrache à chaque fois que je l’aperçois, un petit cri de soulagement et bien vite la peur revient. Et si demain l’écriteau n’était plus là ? Que deviendrais-je ? Que ferais-je si je découvre un simple « Madame De Panpidon » sur ma porte ? Ne faut-il pas en effet, que je sois folle d’amour  pour risquer mes nuits dans ce maudit dédale ? Des nuits merveilleuses, pleines de promesse, chacune d’entres elles m’emmenant toujours plus loin dans l’ivresse et la débauche.                                                      

Mais qu’en sera-t-il de demain ?

Comme bien trop de nuits, je prends le couloir à gauche de ma chambre, j’avance jusqu’à ce qu’au mur j’aperçoive accroché le portrait du roi dans son bel habit vert, ensuite à droite et à droite encore. C’est un labyrinthe dans lequel j’évolue doucement, il me rappelle la cour où nous ne faisons qu’avancer à pas incertains, comme dans un échiquier ou le moindre faux pas vous détruit. Me tromper de couloir pourrait m’amener à croiser la mère Maréchal qui s’adonne aux plaisirs de Venus ou bien chez Monsieur Baudricourt qui lui préfère les plaisirs sodomites. Lieux que je redoute. Sans la protection du roi, ces deux vils êtres auraient subi un châtiment digne de leurs péchés.

Si on me demandait mon avis, je dirai que seule la bible devrait être maîtresse et que je les ferais fouettés et expiés. Seulement mon avis de femme ne compte pas. Je ne compte pas. J’aurai d’ailleurs beaucoup moi-même à confesser. Mais enfin, pourquoi le roi protège t’il ainsi ces perfidies ? Car c’est à la vue de tous, eux, qu’ils exhibent leur luxure indécente.

Cette fois, un puissant tremblement me saisit. Mais Diable, où est Saint Eloi ? Il est supposé m’attendre pourtant près du chevalier de fer, celui même près du fauteuil de madame De Montebeau comme convenu. Soyez maudit Saint Eloi d’ainsi me faire languir.

Le sommeil commence à m’engourdir, je m’impatiente et remarque la moisissure de la tapisserie, l’odeur de renfermé qui se dégage des couloirs me répugne. Les magnifiques fresques d’antan laissent place désormais à des personnages a demi constitués dignes des pires cauchemars. Ils ressemblent plus à des gargouilles affreuses qu’à de gentilshommes, c’est révoltant.

Soudain, une silhouette jusqu’alors tapie dans l’obscurité se met à avancer lentement vers la faible lumière provoquée par ma torche.

- Mais où étiez-vous donc mon ami ? Quelle idée de rester immobile comme cela ? Vous m’avez fiché une peur bleue.

- Madame, je suis navré de n’avoir pu arriver plus vite, ma femme mangeât tellement au dessert qu’elle en fût souffrante. J’ai dû la soutenir jusqu’à ce qu’elle rende la totalité de son dîner. Elle ne se lassera pas de manger, elle était d’ailleurs aussitôt le mal rendu, prête à recommencer. Il est naturel que j’en sois chamboulé.

- Assez de vous entendre parler de votre ogresse mon cher ami, amenez-moi de ce pas au roi, je meurs de froid.

Nous passons de couloirs en couloirs, une odeur de vomissure désormais emplit mes narines. Saint-Eloi, trop proche de sa femme en à l’odeur. Je me concentre sur l’huile parfumée de mes cheveux nattés, sur la crème au lait d’ânesse plus que largement appliquée sur ma peau pour trouver la force d’avancer. Le roi aime la femme dans son plus simple appareil. Ainsi, je suis drapée d’une unique et longue chemise de soie blanche, coiffée presque avec nonchalance  d’une natte et d’un petit bonnet et ai revêtu de simples petits chaussons brodés et dentelés. Ma coiffe est indigne de mon rang, mon allure l’est également. C’est ainsi je le pense, que je m’attire les faveurs du roi, en prétendant la bassesse et en me parant de pauvreté. Le commun lui est quelque chose d’inaccessible sauf pendant nos jeux de l’amour.

Autour de nous, des pots de chambre ornent les couloirs, ils sont pleins et me donnent la nausée. Je m’oblige pourtant à avancer, Saint Eloi à l’air bien mal assuré. Une porte discrète et extrêmement basse que je connais bien est à portée de main, je toque toujours cinq fois en sifflotant un air que le roi affectionne, un air que notre bon roi connaît bien. Personne n’ouvre.

- Saint – Eloi, le roi ne souhaite-il  pas me recevoir ? S’est-il confié auprès de vous ?

- Je ne sais Madame, si tel est son désir, je n’en suis pas informé.

- Vous, son plus fidèle sujet, ne savez-vous donc rien de ses désirs ?

Saint Eloi ne répond pas et grimace.

J’ai la poitrine douloureuse, ma gorge brule et je retiens mes sanglots. Maudit roi, maudit château et maudite vie,

Je convoite et jalouse les autres favorites du roi, qui je le pense, ont grâce et instinct maternel quand moi je ne suis que maladresse. Ai-je déplu au roi d’une quelconque manière? N’ai-je pas été assez démonstrative ? Je sais bien que mon fort jeune âge m’empêche encore de discourir comme une femme et que mes formes tendent encore à se dessiner. Ma fraicheur qu’il appréciait tant l’aurait-il lassé ? Préfère-t-il Madame De Beaulieu et ses sourcils d’argent ? Quelle pensée affreuse ! Quelle tristesse emplit mon âme en cet instant ! Je vacille, je me sens étourdie.

- Rentrons Madame, il ne faudrait pas que l’on nous surprenne ainsi, on pourrait se méprendre me chuchote Saint-Eloi.

J’aperçois alors un homme, culotte à l’envers, la perruque chancelante, qui avance de travers. Il a une main qui se gratte l’arrière train. Nous ayant aperçus, ce maraud s’approche à grand pas trainant avec lui une odeur de vinasse entêtante.

- Où vas-tu coquine habillée comme une vulgaire servante que tu n’es pas ? me demande l’homme ivre. Ton maintien ne va nullement avec la position que tu prétends occuper.

Je n’arrive pas à distinguer son visage, son  élocution est hachée et il empeste.

- Qui es-tu vaurien que je te fasse punir pour ton insolence ? Habilles-toi le gueux.  Va, pars, ouste et nous oublierons peut-être que tu quittes à peine Monsieur Baudricourt ! Quel mal est en vous autres, diables ?

Saint Eloi commence à faire de grands mouvements, sautille sur place et hoquette incapable de s’exprimer clairement. Il ressemble à un pantin ridicule.

- Saint Eloi que faites-vous ? pourquoi diable vous agitez-vous de la sorte ? Vous êtes grotesque.

- Je sors de chez Monsieur Baudricourt, pour affaire ! Hurle l’animal.

Saint-Eloi les yeux exorbités continue à gesticuler en agitant les bras en tous sens.

- Saint-Eloi bon sang, reprenez-vous et dîtes moi ce que vous avez ! Avez-vous abusé du dessert également? Vous sentez-vous sur le point de rendre la totalité de celui-ci ? Et toi l’homme a la culotte baissée et à l’air misérable, je vais t’amener au roi si tu ne cesses de crier, celui-ci te fera regretter ton affaire, condamnable par l’église, le royaume et l’homme !

Voilà maintenant l’homme qui enlève sa culotte pour tenter de la remettre à l’endroit en vacillant et en pouffant de rire.

Mais voilà qu’il me tombe dessus l’animal et s’endort en ronflant atrocement sur mon épaule en s’accrochant étrangement à mon sein qu’il a su trouver aisément malgré son état.

- Saint-Eloi, mais secouez-vous idiot ! Occupez-vous de ce maraud qui m’offense !

- C’est , c’est … bégaie Saint-Eloi.

- C’est… c’est quoi, j’hurle.

- C’EST LE ROI !!!! LE ROI s’époumone Saint-Eloi, cramoisi et l’œil alerte.

Je défaille, je me meurs, je me liquéfie, je ne vois plus rien.

Je distingue de manière floue les portes qui nous entourent.

Elles s’ouvrent toutes simultanément et j’entends morte de honte :

Le roi Dagobert, l’étourdi !

Le roi Dagobert, le maladroit !

Le roi Dagobert, quelle affaire ! »

Angélique G.

 

Sacré Dagobert !

 

« C’est en trainant les savates que je me rends au lycée ! Deux heures de maths, cela va être l’enfer ! Heureusement, j’y retrouve aussi mes meilleurs amis : Paulo, Fredo et ce rigolo de Dagobert qui n’est pas le dernier à faire des farces.

Dagobert ! Quelle idée d’affubler son gosse d’un nom pareil ! Pour se venger de ses parents, il n’est pas rare qu’il arrive à l’école en ayant mis justement sa culotte à l’envers !

Le roi Dagobert est mort, vive le roi !

Aujourd’hui, il n’a pas failli à sa réputation : ses fesses rebondies se retrouvent au niveau de sa braguette et le reste – nous éviterons simplement d’en parler sauf à dire qu’il se perd dans les plis bien tracés par le fer à repasser de la ceinture au bas du pantalon.

Je lui ai souvent dit qu’il poussait le bouchon un peu loin, mais il s’en moque, le Dagobert. Il ne sait rien de l’Histoire avec un grand H, mais il sait que ce bon roi est un personnage de légende et cela lui suffit.

Le matin, quand je lui dis : “Oh, non, Dago, ne me dis pas que tu as encore mis ta culotte à l’envers !”, il part d’un rire gras et profond, arguant qu’il aurait peut-être enfilé une robe avec une capuche si ses parents l’avaient prénommé Merlin !

Il se moque éperdument de ce que l’on peut penser de lui.

Naturellement, quand c’est la pause, les choses ne sont pas simples pour lui. Son passage aux w.-c. vire à l’expédition ! Il doit alors faire comme les filles : s’enfermer dans les toilettes et baisser son pantalon jusqu’aux chevilles pour se soulager avant qu’il fût trop tard !

Encore, nous, ça va, car on le connait notre Dago, on sait qu’il n’est pas fou, qu’il s’amuse tout simplement, mais je sais que parfois, ça discute beaucoup dans les chaumières…

— Les plaisanteries les plus courtes ne sont-elles pas les meilleures ? interrogent les uns. La première fois, cela nous a tous fait rire, mais maintenant, c’est un peu lourd !

— Ce pauvre garçon n’a pas tout ! rétorquent les autres. À la place de ses parents, nous lui interdirions de sortir dans la rue dans cet accoutrement !

Bref ! Sifflez, sifflez, beaux merles… Dagobert poursuit toujours et encore son bonhomme de chemin sans se préoccuper de ce que l’on peut dire de lui.

Sa scolarité ne fut pas vraiment, ce que l’on peut appeler une grande réussite. Il alla cependant jusqu’au BAC, conservant cette fâcheuse habitude de vouloir mettre régulièrement sa culotte à l’envers. Parfois, il la dissimulait sous de grands pulls ou de larges liquettes un peu hippies qui lui descendaient jusqu’aux genoux. Aussi, quand un petit plaisantin voulait savoir si c’était vrai qu’il mettait sa culotte à l’envers, Dagobert soulevait fièrement ses habits en disant : “Oui, oui, c’est bien moi !”, lui clouant ainsi le bec systématiquement.

Or, cet enfant un peu ballot devint un magnifique jeune homme que bon nombre de jeunes filles rêvaient d’approcher… Allait-il alors rester toujours aussi potache ?

L’histoire ne nous dit pas vraiment comment tout cela s’est terminé dans sa vie de tous les jours, mais une chose est sûre, c’est que l’on entendit encore longtemps parler de Dagobert, celui qui mettait sa culotte à l’envers.

En effet, repéré pour son physique avantageux et son humour décapant, il fut embauché comme stripteaseur dans une boîte bien connue de la région parisienne. Il arrivait sur scène le torse nu, huilé et recouvert de paillettes qui scintillaient sous les projecteurs. Seul le haut de son corps était sous les feux de la rampe. Il se mouvait en rythmes lents sur une musique aux sons sensuels pendant de longues minutes puis la poursuite éclairait le bas : un pantalon en latex avec des ouvertures latérales fermées par des scratchs qu’il ôtait d’un geste précis à la fin de la prestation.

Pas très original, me direz-vous ?

Oh, j’ai oublié de vous préciser : il était le seul stripteaseur à toujours mettre sa culotte à l’envers et le public l’adulait ! La salle scandait son nom : Dagobert ! Dagobert ! Dagobert ! Son succès ne se démentit jamais. Certains voulurent l’imiter, mais comment – et surtout pourquoi – mettre sa culotte à l’envers quand on s’appelle Jérôme ou Sébastien ? Cela n’a pas de sens, vous êtes d’accord ?

Moralité :

Il faut s’appeler Dagobert,

Pour mettre sa culotte à l’envers,

Et dans les cabarets, faire carrière ! »

Tarmine

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Commentaires : 4
  • #1

    Tarmine (mardi, 15 septembre 2015 14:21)

    À l’initiative de cet atelier, je suis sincèrement ravie des premières participations ! J’espère qu’elles vont en générer d’autres, car le but recherché est avant tout celui de se faire plaisir ! J’ai voulu marquer l’événement en écrivant moi aussi un petit texte. Ce n’est ni du Proust ni du Rousseau ou du Verlaine, mais je me suis bien amusée et cela m’a permis de m’évader un peu de mes obligations.
    À très vite, les z'ami(e)s !

  • #2

    Angélique G (mardi, 15 septembre 2015 17:44)

    Ravie de commencer l'aventure,
    Je suis contente de vous lire et ravie de ce premier travail d'écriture !
    Place au deuxième , à nos stylos :)

  • #3

    Sylvie Solignac (mardi, 15 septembre 2015 19:49)

    Tarmine, bravo, ouah, j'ai adoré. Merci pour ces divers moments de lecture. À très vite.

  • #4

    Annie K (mercredi, 16 septembre 2015 12:58)

    Que d'imagination et que de belles plumes !!! Je viens de découvrir tous vos récits et, sincèrement, c'est du pur bonheur ! Bravooooooo !